Faux étranger dans mon pays (La plume à Jacques)

Faux étranger dans mon pays. Tu sais qu’il fait bien de vivre auprès des côtes de notre belle capitale. Le jour que tu es né dans ce pays, il te manquait plusieurs informations. C’est pourquoi en grandissant, tu vies un étonnement permanent. Tu es à Conakry, on t’a dit qu’il y a des îles mais tu ne les a pas encore visité. Ou même, tu as fait toute ton enfance à Kaloum et jusqu’à très récemment, tu pensais que cette ville se limitait à Tombo. Tu es faux étranger. Peut-être tu ne connais d’activité que la pêche. Parce que tu vois de nombreuses pirogues à Boulbinet qui vont et viennent dans plusieurs sens. On t’a scolarisé à l’école primaire d’Almamya, tu as fait le lycée du 28 septembre.

Tu te déplaces en taxi. Sinon tu vois les minibus entrer et sortir sur l’avenue de la République, dépassent le boulevard Telly Diallo avant de disparaître. Tu peux entendre pour la première fois qu’ils entrent et ressortent de la presqu’île avec des guinéens qui n’ont pas de moyens de se payer un taxi. Ils sont tous des travailleurs pour certains du port autonome de Conakry. Ils travaillent plus de 8heures par jour, mais ce n’est pas ce qui les choque. Le salaire qu’ils ont promis de leur verser par mois n’arrive pas à temps. Tu es à Sandervalia, mais tu n’es pas au courant.
Le 1er mai des guinéens qui parlent en leurs noms se sont battus comme des gamins de 10 ans au palais du peuple où tu viens souvent voir des spectacles. On m’a dit qu’ils sont syndicalistes et qu’ils ont étudié dans les écoles du pays, moi je ne crois pas. Les intellectuels ne livrent pas un tel spectacle. De toutes les façons, tu n’as rien compris de toute cette bagarre de gredins auprès du temple du parlement avarié.
Bienvenus dans mon pays en pleine mutation faux étranger. Le sac de riz qu’on t’a remis autrefois n’était pas un simple cadeau. Tu as dû te battre en retour pour quelqu’un qui voulait devenir chef. Il a encore besoin de toi et si tu suis les télévisions laconiques comme celle de Boulbinet, tu verras les vrais gens et faux comme toi se taper les poitrines qu’ils parlent pour te donner un meilleur avenir. Tu ne comprends rien, mais tu applaudis naïvement.
La nouvelle bataille n’est malheureusement pas de te permettre de manger à ta faim, mais de créer une crise qui va te maintenir dans ta misérable situation d’impécunieux. Le monde des étourdis, les grands chercheurs peuvent le trouver sur une partie du continent africain. Ce n’est pas loin de l’océan atlantique. Il se connaît par les ordures qu’on est fatigué de ramasser à tout moment, la pluie d’hier en a transporté suffisamment dans les concessions et sur les voies publiques. Les quartiers broient le noir, mais on a déjà construit les barrages, c’est suffisant. C’est comme l’eau dont Dieu gentil nous a fait grâce. Les gens peuvent en manquer mais ce n’est pas une préoccupation. Dieu a voulu que le pays garde le titre de château d’eau de nulle part, c’est bien. Tu es bien dans ton pays, faux étranger.

Jacques Lewa Leno, journaliste au groupe Hadafo Médias