Lieutenant Marie Jeanne Sylla peut-elle servir de modèle ? ( Jacques Leno)

Peut-elle demeurer une référence pour ceux qui souhaitent embrasser ce métier des plus difficiles en Guinée. Un agent propre. C’est d’abord cela. C’était tout un signe que nous avions du mal à percevoir. Présente et déterminée à jouer pleinement son rôle dans la circulation. A Madina et bien ailleurs encore elle s’est distinguée par la qualité de son travail. Marie Jeanne en se réveillant chaque matin, ne spéculait pas sur son gain quotidien. C’est pourquoi elle était sereine. Et dans la circulation, prête à réguler et non à chercher qui verbaliser. Parce que mieux ça circule, mieux le policier se donne du repos, mieux ça va pour tout le monde.
C’est peut être ce qui expliquait aussi son choix d’apparaître chaque jour avec des gants et des chaussettes de couleur blanche. Ne peut les porter que celui qui est en mesure de les garder propres. Le blanc, c’est aussi pour prouver qu’on a les mains propres. Qu’on ne verse pas dans la corruption. Qu’on déteste les raquettes. Et donc, on peut garder son sourire et sympathiser avec les usagers de la route. Un policier qui se respecte, n’impose pas l’ordre. C’est l’ordre qui s’impose. Des hommes et femmes bien éduquées ont appris à respecter les bonnes personnes. Marie Jeanne, en était Une.
Les usagers l’ont connu de loin. Ils n’ont jamais été la voir chez elle. Ils ignoraient comment elle vivait dans sa famille. Parvenait-elle à financer les études de ses enfants ? Personne n’y a songé un jour. Personne n’a cru bon de venir constater et comprendre la mère qu’elle était au-delà du service. Marie Jeanne a voulu garder sa dignité jusqu’au bout. Elle n’a accepté aucun bruit, aucune pitié autour de ses derniers jours ici bas.
Les médias ont pu voir samedi dernier les policiers aux côtés des jeunes et activistes de la société civile à Nongoh et de tous ceux qui ont apprécié son travail. Durant toute sa carrière, elle n’a intéressé aucune hiérarchie de la police. Elle meurt avec le grade de lieutenant. Ses camarades de promotion sont lieutenant colonel. Comment a-t-elle pu se faire remarquer par la population et ignorée par l’Etat ? Aucun ministre, aucun directeur national de sécurité routière, aucun commissariat n’a remarqué son exemplarité pour la récompenser. Ils l’ont laissé partir. Avec son savoir et son attitude de policière professionnelle. Ils l’ont laissé se taire à jamais, alors qu’elle aurait pu servir dans une école de police pour enseigner le respect. Il y a des jeunes policiers qui ne comprennent pas qu’à la formation militaire, il faut ajouter de la morale. Ils ne comprennent pas et deviennent de ce fait des adversaires permanents de conducteurs de motos taxis qu’ils empêchent de travailler tranquillement.
Ils ont laissé Marie Jeanne dans la rue sans jamais lui confier un petit poste de commandement. Ils l’ont laissé affronter le soleil et la pluie jusqu’à son dernier souffle. Ils l’ont laissé. Et maintenant ils veulent reconnaître ses loyaux services à titre posthume. Ils n’ont pas compris qu’elle pouvait être d’un grand apport à la réforme de la sécurité en cours. La sécurité routière compte de vieilles personnes sages et travailleuses. Elles semblent beaucoup plus préoccuper par les bouchons que par l’argent. Cela veut dire que les Lt Marie Jeanne Sylla existent encore, il faut leur donner la chance de partager leur sagesse à l’école de police. Il faut le faire avant qu’il ne soit trop tard.

Jacques Lewa Leno, journaliste au groupe Hadafo Médias