Ratoma: ces tueries doivent s’arrêter (par Jacques Lewa Leno)

Ratoma ces tueries doivent s’arrêter.

Cette situation ne profite pas à la population. Quelque soit la finalité, le bilan sera lourd et comptera parmi les multiples raisons de nos échecs. Quelque soit le résultat que nous allons obtenir, il y aura toujours un détail important qui rappellera à chaque guinéen, la responsabilité de certains compatriotes dans les destructions de biens et tueries. Parce que sur les manifestants pèsent de graves soupçons. Ils ne sont d’ailleurs pas excusables lorsqu’ils violentent d’autres guinéens et s’attaquent aux biens publics. La Guinée perd parfois le peu d’infrastructures qu’elle a, à l’occasion des mouvements de protestation. Elle perd aussi le peu d’éclat qu’elle a lorsqu’elle s’éteint dans des fumées qui jaillissent des pneus brûlés. Elle se tord de douleurs et déplore sans cesse le sort que ses fils lui réservent.
Ses fils qui ne savent pas l’aimer. Ses fils qui donnent banalement la mort à d’autres fils. Ses fils qui mentent au nom de l’ethnie et vivent pour les privilèges non méritées. Ses fils qui prient et louent Kémosh. Ses fils qui aiment le sang et les larmes. Ses fils attardés qui nous retardent. Ses fils endiablés qui refusent la délivrance. Ses fils insensibles qui prêchent chaque jour la haine et la division. Ses fils attachés aux faux complots. Ses fils manipulés qui jouent la comédie du drame permanent. Ses fils narcissiques qui se cachent derrière des engagements officiellement exprimés pour satisfaire leur propre désir. Ses fils au langage discourtois qui effritent le tissu social. Ses fils du mal. C’est pour eux que cette Guinée tourne en rond. Elle n’a pas encore décidé clairement de son envole.
Parce que ses paysans ne commandent pas encore des tracteurs et des engrais à partir de leurs téléphones portables. Cette contre vérité fait aussi mal à ce pays qui se demande ce qu’elle a fait à Dieu pour mériter certains fils et certains dirigeants.
Au calme, un jour viendra, peut-être cette semaine ou un peu plus tard, les belligérants vont se retrouver. Loin des vrais combattants. Loin de ceux qui sont dans les rues. Pour discuter et trouver un compromis sur les questions utiles dont le traitement aiderait à renforcer les acquis et conquérir d’autres changements majeurs. Ils le feront sans mettre en avant le cas des tués, blessés et d’autres victimes collatérales. Ils discuteront de ce qui calme momentanément et non de ce qui règle définitivement leur différend. Ils discuteront de ce qui ne préoccupe pas.
La constitution, le troisième mandat, pour éviter au pays la présidence à vie. Mais les élections communales que le gouvernement a refusé d’achever dure depuis bientôt deux ans. Et on attend. On trompe. On a déjà voulu des élections cette année. La CENI a reçu des instructions et travaillent avec une vitesse qui ne rassure tous les acteurs politiques. On parle sans cesse du référendum sans écouter les voix des citoyens qui sont contre.
On fait dans la démagogie et l’impertinence jusqu’à provoquer avec autant de lâcheté des morts et des blessés. On ne gouverne pas comme ça. On ne bataille pas comme ça pour la construction d’une nation. Lorsqu’on veut la paix, on crée les conditions. Lorsqu’on veut la sécurité et la sérénité, on n’encourage pas les forces de l’ordre à intervenir dans des familles comme en territoire ennemi. Ce qui se passe à Ratoma est injustifiable. La Guinées n’est pas entrain de vivre des violences depuis lundi pour revivre les mêmes réalités. Elle mérite mieux.

Jacques Lewa Leno