La CENI, cette pétaudière qui menace la paix (Mohamede Mara)

La gouvernance demeure le principal défi auquel est confronté la quasi-totalité de nos institutions. La CENI, bien plus que les autres, s’englue depuis trop longtemps dans les approximations qui annihilent son efficacité et installent en son sein une atmosphère de suspicion et d’animosité.

Mais cette crise, devenue cyclique, n’émouvrait personne si les égarements de cet organe incontournable de la vie publique ne menaçaient les équilibres démocratiques, et surtout ne mettaient pas si dangereusement en péril la paix de notre pays.

La commission nationale très indépendante chargée de la gestion des élections est en train de devenir une abjecte conspiration contre la quiétude sociale dans notre pays. Il est plus que temps de lancer l’alerte sur les assauts dont elle est l’objet de la part de partis politiques de tous bords, premiers violateurs de nos lois devant l’Eternel. Bien plus, elles se déchirent de l’intérieur, par de basses manoeuvres, d’espiègles intrigues et d’enfantines querelles intestines.

Il est grand temps d’engager la responsabilité de ces commissaires devant l’histoire, en leur rappelant que la préoccupation des guinéens ne réside pas dans leur pressante question de partage du butin si chèrement arraché, il est vrai, des joutes saignantes qui auront eu raison de la ténacité de l’ancien président de l’institution. Non. Mais le non-respect de la date de février 2018 risque d’être l’incartade de trop qui vouerait le pays à des lendemains incertains.

L’arrivée de l’avocat Amadou Salifou Kébé aurait dû inciter à plus d’enthousiasme quant au respect des procédures administratives, des règles d’impartialité et de la confiance de l’ensemble acteurs électoraux. En clair on s’attendait à une meilleure gouvernance de sa part. Mais force est de constater qu’à peine installé, le maigre capital de confiance accumulé grâce aux visites de terrains (quoique très sélectives) dans les QG des partis politiques s’effrite dangereusement à l’épreuve des nominations intervenues au sein de la CENI.

Pourtant des critères clairs et concis pour toutes ces nominations existent et sont connus de lui. Cédant visiblement à la pression d’un parti politique, Me Kébé a frénétiquement dégommé d’une partie de ses missions une commissaire. Il est aisé de comprendre que son passé d’ancienne ministre se fond probablement dans son appartenance à un « petit » parti politique dirigé par son député d’époux.

Si la lettre de protestation du président de la délégation spéciale de Pita a eu cet effet, quand sera-t-il lorsqu’un gouverneur ou d’un ministre réclamera la tête d’un autre commissaire ? La décision qui empêche Dame Ramatoulaye Bah de poursuivre l’installation des démembrements de Dalaba et Pita est inique et insuffisante à double égard : elle désapprouve et affaiblit une commissaire dans l’exercice de ses fonctions régaliennes et règlementaires, et jette l’institution à la merci des partis politiques qui se croiront désormais fondés à contester chaque acte de gouvernance de la CENI.

La sortie médiatique d’un autre commissaire ajoute une couche supplémentaire à l’atmosphère de de suspicion et d’animosité qui y prévaut depuis toujours. Cet ancien journaliste ne semble nullement digérer la nomination d’un néophyte, informaticien de surcroît, à la tête de la très convoitée commission de la communication dont il était le directeur adjoint. Il avait surtout été le visage médiatique de la fronde qui a abouti à l’arrivée de Kébé à la tête de l’institution.  Cette fulgurante ascension du commissaire Aly Bocar Samoura intrigue, quand on sait qu’il est arrivé au sein de la CENI  avec la casquette de directeur du département communication. Cette nomination, entérinée par un décret présidentiel est une violation manifeste de la loi organique portant création, composition et fonctionnement de la CENI.

Curieusement, aucune voix ne s’est élevée au sein de l’institution. Le silence de Me Kébé laisse allègrement la place aux supputations et au soupçon d’entente avec le parti au pouvoir qui réclamait ce poste. Quant à Charles André Soumah, il fustige au grand jour ce que certains murmuraient tout bas : « l’ethnocentrisme, le clanisme, le favoritisme, l’exclusion et l’impunité » qui à ses yeux « ont élu domicile » au sein de la CENI.

On le voit clairement, les problèmes de gouvernance minent la CENI et distraient les commissaires des véritables enjeux. L’attitude nauséeuse de ceux-ci, nous l’avons si souvent dénoncée, n’est inspirée que par l’âpreté au gain et aux luttes de positionnement politique. Combien parmi eux sont mus par la seule volonté d’épargner une autre crise électorale qui viendrait se greffer à celle politique qui nous étouffe depuis 2008 ? Combien parmi eux ont-ils coupé le cordon ombilical d’avec leur parti politique d’origine, dans le seul but de servir la Guinée et les guinéens ?

Il est temps que l’Etat dans ses différentes composantes prennent la question de la CENI à bras-le-corps. Combien de temps continuerons-nous à endurer les algarades et les errements d’une institution dont les agissements ont déjà endeuillé de nombreuses familles ?  Allons-nous laisser une bande de copains possédés par les privilèges et les fastes financés à grands frais par le contribuable, se rire de notre passivité collective criminelle ? La CENI  est une institution qui existe de par la seule volonté des guinéens imprimée dans le marbre de la Constitution. Or ils n’ont plus de respect pour ces guinéens auxquels ils servent chaque jour un autre plat nauséabond de leur incompétence et de leur irresponsabilité sans égal. Il est temps que cela cesse !

Comme l’écrivait Jean François Delaharpe « ce sont eux qui, médians avec l’impunité, protecteurs de la fraude et de l’iniquité, infectent tous les cœurs de leurs lâches maximes : et l’abus du pouvoir enfante tous les crimes.»

Mohamede Mara

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

%d blogueurs aiment cette page :