Mohamed Mara

Communales du 4 février, Alpha joue gros et n’a plus droit à l’erreur (Mohamed Mara)

L’opposition enterre ce mercredi deux autres jeunes militants qui avaient été mortellement blessés, il y a une semaine, au cours d’une manifestation pacifique qui avait pour but entre autres de réclamer la tenue des élections communales. La marche funèbre organisée à l’occasion intervient dans un climat singulier qui marquera à coup sûr le début d’une phase nouvelle de la vie politique dans notre pays.

La CENI quant à elle, propose enfin une date pour ces élections que le pouvoir aura tout intérêt à tenir.

Il aura fallu d’autres manifestations et d’autres tués pour que le régime d’Alpha Condé cède sur une date pour la tenue des élections communales prévues depuis 2010.
Deux morts. Deux jeunes militants à peine sortis de l’adolescence qui ne rêvaient que d’une Guinée où ils trouveraient leur place. On la leur a refusée. Cette fois encore, comme toutes les autres fois, les auteurs des balles meurtrières resteront impunis. Et même, ils jouiront d’un manteau de protection qui les cachera de la vue de tous. Ils pourront à nouveau bénéficier de promotions et de grades aux frais des contribuables, y compris des parents des victimes.
Ismaël Bah et Ibrahima Sow rejoignent ainsi des dizaines d’autres jeunes guinéens, partis à la fleur de l’âge pour avoir juste oser rêver. Ils rejoindront leur dernière demeure, la seule qu’on ne leur ait refusée et qui attend également leurs assassins qui se croient éternels ici-bas.

Mais ce serait une erreur monumentale pour le régime d’Alpha Condé de ne pas prendre garde aux signes qui se dessinent inéluctablement. Les longues marches funèbres sont devenues faits banals ici, on le sait. La vie humaine n’a plus aucune valeur dans ce pays qui croule sous le poids de la misère et des injustices. On le sait aussi. Mais ce qui échappe à nos gouvernants, c’est ce ras-le-bol qui grandit et prend forme là où ils ne s’y attendent pas. La Guinée des ethnies et des couleurs politiques n’existe que dans leurs caboches et discours. Dans leur schizophrénie prononcée ils ne se rendent pas compte que notre pénible quotidien n’a lui ni région ni différence identitaire.

Pour de satanées élections, vous n’êtes mêmes pas fichus de préserver la vie de nos enfants, quand les vôtre se prélassent sous des lambris dorés achetés, ici ou ailleurs, par le fruit de la rapine et du sang. La CENI l’a compris. En donnant un caractère plus inclusif au processus en cours, l’organisme chargé de la gestion des élections a mis le gouvernement sur la sellette. La proposition de la date du 4 février lui permet ainsi de se dégager de son rôle funeste de bouc émissaire de toutes les mascarades ourdie ici, par qui l’on sait. L’acceptation de la tenue de ces consultations au mois de février 2018 par le Président de la République, quand l’opposition semble y souscrire logiquement, ne devrait plus être qu’une formalité. Dans tous les cas, la balle est désormais dans son camp. Quant à la ceni, elle saisit une occasion unique de sortir par la grande porte au lendemain de cette échéance comme stipulé dans les accords politique du 12 octobre 2016.

Alpha Condé s’était vanté de ne pas avoir besoin de l’aide extérieure pour financer ces élections. Eh bien il a l’occasion de démontrer encore une fois sa capacité légendaire à tenir ses promesses ! La suppression de la révision du fichier électoral aura certes des répercussions indésirables, mais au moins elle ne générera pas de coûts financiers supplémentaires, et permettra de gagner du temps. De même, l’idée d’un glissement du calendrier électoral dans le but d’un couplage avec les élections législatives est d’ores et déjà exclue, le nouveau code électoral prévoyant leur tenue pour le premier trimestre 2019. La question du nombre insuffisant de magistrats pour présider les CACV, qui était présentée comme un casse-tête chinois est aussi en passe d’être réglée. L’Etat n’aura donc plus d’argument pour repousser des élections si chèrement acquises. Une autre crise à la ceni n’est même plus envisageable, puisqu’elle découvrirait à la face du monde ses combines assassines.

La seule direction possible désormais est celle de la tenue des élections communales dont seul le Peuple disposera. L’opposition qui a payé un tribut élevé pour leur tenue se rassemble, après des brouilles savamment orchestrées par le maître boulanger. Même la perspective d’un calendrier judiciaire inquiétant, avec les fameux dossiers du 28 septembre et de l’assassinat de Mohamed Koula Diallo, ne semble pas entamer leur volonté d’en finir avec le statu quo. La grogne sociale monte crescendo et accouche déjà de ses premières convulsions à Boké, Kamsar, Kolaboui, Sangaredi et Tougnifily. Les reformes tant vantées tardent à produire des effets appréciables. La communication officielle, qu’elle soit du Chef de l’Etat, de membres du gouvernement ou de cadre de son parti est lamentable et suscite plus d’ambigüité et de désapprobations chaque jour un peu plus. L’homme lui-même semble à bout de souffle et il a du mal à modeler sa pâte. Il n’hésite même plus à vouloir faire du nouveau avec de l’ancien fermenté.  Son discours a tout autant de mal à surprendre, tel un refrain gravé sur un vieux disque rayé.

Désormais le choix s’impose au Président entre aller aux élections qui risquent d’imploser sa formation politique, et celui de voir son pouvoir mis à mal dans un pays où l’Etat est déliquescent et subi continuellement les assauts de la rue. Comme le dit Raymon Aron, ‘’le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable.’’

Par Mohamed Mara

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