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Le RPG a raison, Alpha Condé n’a pas tort

Le RPG qui a la culture de la lutte politique et l’habitude de la résistance s’est toujours résigné à suivre Alpha Condé dont il a partagé jusqu’au bout et réalisé à la  fin le dessein politique, le destin présidentiel.

Si le parti s’est montré discret et discipliné pendant le premier quinquennat  convaincu que le meilleur était à venir, aujourd’hui,  il semble ne plus prendre son mal en patience parce que le second mandat à peine entamé et  supposé être le dernier de son champion de toujours est considéré comme celui de la dernière chance. Et si  l’enjeu était la bataille pour une succession loin d’être  ouverte ?

L’histoire semble se répéter chaque fois dans l’évolution de la démocratie guinéenne : Le candidat présenté par son parti, une fois élu, entre en conflit avec lui,  parce que ses partisans s’attendent à la récompense de leurs efforts alors que , lui, a pour préoccupation désormais de renforcer et élargir sa  majorité avec de nouveaux alliés et partenaires. Seulement, est-il impossible de ménager son camp tout en procédant à l’ouverture nécessaire à gouverner dans le consensus ? Telle est la question que la grogne dans la majorité présidentielle soulève, car si le RPG originel ne trouve pas d’inconvénient à toutes les alliances possibles au nom de la « real politik », il s’offusque de compter de moins en moins dans la brusque recomposition politique et de se voir de plus en plus marginalisé dans la conduite des affaires du pays.

Si le RPG sait qu’Alpha Condé est désormais le Président de tous les Guinéens et souverain dans ses choix et ses décisions, il revendique le droit inaliénable d’être consulté, privilégié, associé au processus de décision pour espérer être écouté de ses militants et respecté de des alliés qui lui disputent trop souvent le terrain politique et l’estime de son leader. La formation du  gouvernement et d’autres  » promotions » de personnes « étrangères » au parti et jugées parfois hostiles à ses intérêts n’est que le prétexte pour exprimer la frustration et de vieilles rancœurs par rapport au sort réservé au parti et à ses responsables depuis l’avènement en 2010 d’Alpha Condé au pouvoir.

Pour ce second mandat, si personne ne se risque à évoquer l’avenir c’est-à-dire la succession d’Alpha Condé, c’est dans toutes les têtes, notamment de l’entourage proche, du RPG et de la classe politique en général. Aussi Alpha Condé est-il  » épié » et sera confronté régulièrement à des querelles nombreuses et interminables entre les prétendants à sa succession qui voudraient être présents partout dans l’Etat, le gouvernement, l’administration, le parti afin de compter et négocier dès maintenant le tournant de la relève. Naturellement, le RPG , dont le parcours est marqué de sang, de sueur et d’épreuves inoubliables, se considère comme le premier interlocuteur et partenaire d’un Président qui peut revendiquer sa liberté et son indépendance certes , mais est appelé à lui reconnaître des droits légitimes que confèrent la lutte menée , le passé militant, les vexations et les  humiliations subies dans l’opposition. Si hier, Alpha Condé était confiné dans ses alliances, aujourd’hui, c’est sa majorité qui le défie.

Sékou Touré a gouverné avec le PDG parce qu’il a été porté au pouvoir par ce parti au point que les observateurs  ont conclu ironiquement au parti-Etat. Lansana Conté qui lui a succédé à la faveur d’un coup d’Etat militaire n’a pas subi l’influence de son parti, le PUP, parce qu’il a pensé jusqu’à la fin que le pouvoir a été conquis avant sa création.

L’histoire du RPG avec Alpha Condé est inédite parce qu’il y a un lien fort, quasi-fusionnel avec des responsables et surtout des militants qui ont été de toutes les batailles – âpres et parfois périlleuses- pour assouvir son destin présidentiel et voués aussi demain à défendre  » l’héritage ». Les fonctions de Chef de l’Etat imposent au professeur Alpha Condé  des devoirs envers tous les Guinéens, lui interdisent de servir des intérêts particuliers, il n’empêche que ses partisans de toujours et ses compagnons historiques ont un avantage naturel et  légitime sur tous les autres, comme celui de revendiquer lorsqu’ils ne sont pas contents et de protester contre des choix considérés comme « transgressifs ».

Il doit les écouter et parfois les entendre. Entre partenaires, la communication est un impératif : consulter avant de décider, expliquer une fois que la décision a été prise.

Au demeurant, le professeur Alpha Condé est invité par son parti à revoir ses relations avec ses responsables et militants frustrés de voir d’autres à leurs places et se sentant marginalisés dans un régime qu’ils ont contribué à enfanter. Bref, la question du financement du RPG ainsi que celle de l’honneur, de la dignité, du traitement matériel et moral de ses responsables et militants se pose  avec acuité et interpelle le Président engagé à rassembler et unir les Guinéens à commencer par sa famille politique.

Alpha Condé n’a pas tort

il n’a jamais été facile en politique de pratiquer l’ouverture, car les alliances modifient le rapport de forces au sein des familles politiques et parfois aussi la préséance. Autant donc de frustrations, de luttes de positionnement et de leadership toujours difficiles à contenir. Le défi est d’en convaincre ses partisans du  bien-fondé parce qu’ils ont peur que leurs intérêts ne soient lésés et leurs acquis menacés dans la cohabitation.

Un politique français indigné par l’ouverture dans son camp qui excluait certains d’entre eux s’est exclamé  » oui, à l’ouverture jusqu’à nous ». Candidat à l’élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy avait fait une demande expresse à son parti :  » je demande à mes amis qui m’ont accompagné jusqu’ici de me laisser libre, libre d’allier vers les autres, vers celui qui n’a jamais été mon ami, qui n’a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique qui parfois nous a combattu. » Par la suite, il a prévenu contre  » le risque de la  consanguinité politique, le risque de l’enfermement d’un clan partisan », avant de conclure par cet appel à la  générosité et la tolérance :  » C’est la diversité, le rassemblement, le respect des différences qui peuvent apaiser notre nation ». Candidat à l’élection Présidentielle en 2010, Alpha Condé qui a voulu rassembler au-delà de sa famille politique a noué des alliances jugées parfois  contre-natures, mais utiles à changer l’image du RPG de parti replié sur lui-même, et utiles aussi à rassurer qu’il peut réconcilier des Guinéens profondément divisés et opposés les uns aux autres. Alors, émergea le  RPG arc-en-ciel. A lui maintenant réputé un  » animal  politique » de « rassurer » son camp sans  » inquiéter » ses  alliés parce qu’il a besoin de sa famille politique unie derrière lui par « devoir de mémoire » et pour l’efficacité de son action politique et de toute la Guinée dans sa diversité politique et sociale à ses cotés pour le progrès continue et la vitalité de la démocratie  guinéenne.

Par Tibou Kamara