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Le secret que Donald Trump aurait divulgué aux Russes est parmi les plus sensibles

Le président américain aurait révélé à ses invités russes un renseignement classé « top secret/code word ». Un type d’information des plus sensibles.

Donald Trump n’a pas partagé n’importe quel secret avec ses invités russes dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Si les révélations publiées lundi 15 mai parle Washington Post sont exactes, le président des États-Unis a divulgué la crème de la crème des informations confidentielles au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et à l’ambassadeur russe à Washington, Sergueï Kislyak.

« Il s’agit d’une information classée ‘code word’ (‘à mot clef’, en français) », a expliqué un officiel américain au Washington Post au sujet de la discussion incriminée. Celle-ci aurait porté sur des projets d’attentat du groupe terroriste État islamique (EI) impliquant des ordinateurs portables piégés. Le démenti immédiat de la Maison Blanche n’a pas suffi à déminer le terrain.

Comme le projet Manhattan

Les secrets « code word » sont, en effet, considérés comme les plus sensibles dans la classification des dossiers confidentiels… à l’exception de tout ce qui touche au nucléaire. Il existe aux États-Unis trois catégories de documents gardés à l’abri du grand public : les renseignements « confidentiels », dont la publication pourrait nuire à la sécurité nationale, ceux qui sont « secrets », dont la divulgation endommagerait gravement la sécurité nationale, et les informations « top secrètes », qui ne doivent pas être révélées sous peine de causer « des dommages exceptionnels à la sécurité nationale ».

C’est dans cette dernière catégorie que sont classés les « code words ». Cette appellation désigne des documents tellement sensibles qu’ils ne sont accessibles qu’à une poignée de personnes connaissant le mot-clef en question. Le projet Manhattan, désignant l’effort américain pour se doter d’une bombe atomique durant la Seconde Guerre mondiale, est ainsi l’un des plus célèbres noms de code. Même le vice-président de l’époque, Harry Truman, n’en a été informé qu’à la mort de Franklin D. Roosevelt en 1945.

À l’origine, cette sous-catégorie des renseignements « top secret » a été inventée pour protéger le travail d’interception des signaux ennemis durant la Seconde Guerre mondiale. Pour y avoir accès, il faut suivre un entraînement particulier portant sur les techniques spécifiques destinées à protéger ce genre d’informations, rappelle sur le site The Atlantic Eliot A. Cohen, qui a été conseiller au Departement d’État entre 2007 et 2009.

Donald Trump n’a rien fait d’illégal

Le dossier que Donald Trump aurait évoqué n’est pas seulement « code word ». Il proviendrait d’un programme d’échange de renseignements avec un « allié », assure le Washington Post. « C’est un type de secret encore plus sensible car sa divulgation peut mettre en péril une relation de confiance », note Eliot A. Cohen. Les espions de pays « amis » risquent dorénavant d’y réfléchir à deux fois avant de partager des renseignements avec leurs collègues américains.

La Maison Blanche est consciente de l’enjeu. Dans son démenti, H.R. McMaster, le conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, a précisé qu’il n’y avait pas eu de discussion sur « des sources », des « méthodes pour obtenir des renseignements » ou des détails « d’opérations militaires qui n’étaient déjà connues ». La Russie, qui n’est pas actuellement un pays ami, n’aurait donc rien appris qui puisse compromettre les activités d’un service de renseignements étranger.

Il n’en reste pas moins que l’évocation d’un secret « code word » avec quelqu’un qui n’a pas l’autorisation d’en prendre connaissance entraîne le renvoi immédiat et une possible peine de prison, note The Atlantic. La seule exception concerne le président des États-Unis. Donald Trump a, en effet, le droit de divulguer n’importe quel secret et rien ne l’empêche légalement de tweeter les codes nucléaires, rappelle le site juridique américain Lawfareblog. La classification des documents confidentiels a été établie pour refléter ce que le président des États-Unis juge devoir être garder secret. Il peut donc décider de s’en affranchir. Il n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler, mardi 16 mai, sur Twitter, assurant qu’il avait « le droit absolu » de partager des informations avec la Russie.

Légalement, si Donald Trump a évoqué avec ses invités russes un tel secret, il ne risque rien. Politiquement, c’est une autre histoire. Plusieurs responsables du parti démocrate ont jugé que le président a ainsi enfreint son serment de protéger la sécurité nationale.

France24

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