TUDE COMPARATIVE DES CHOIX ÉDITORIAUX ENTRE LA RADIO TÉLÉVISION GUINÉENNE (TÉLÉVISION D’ÉTAT)

MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR, DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET DE L’INOVATION

UNIVERSITÉ NAZI BONI

INSTITUT DES MÉDIAS

ÉTUDE COMPARATIVE DES CHOIX ÉDITORIAUX ENTRE LA RADIO TÉLÉVISION GUINÉENNE (TÉLÉVISION D’ÉTAT)    

              

ET LA CHAÎNE PRIVÉE ESPACE TV    

 

                                     Mémoire de recherche présenté et soutenu le 28/11/2017 par

                                                       JACQUES LÈNO

                                pour l’obtention du Master en techniques et métiers de l’information.

Sous la direction de : Monsieur Francis Viailly (Journaliste, Enseignant à l’Institut de la communication de l’Université Lumière Lyon 2 et membre de Reporters Solidaires

Année universitaire : 2016 – 2017

REMERCIEMENTS

Que toutes les personnes non citées trouvent ma sincère et profonde gratitude pour leur contribution à la réussite de ce travail.

Tous mes sincères remerciements :

  • À Monsieur Francis Viailly, journaliste et enseignant à l’Institut de la communication de l’université Lumière Lyon 2 (France) qui a accepté de diriger mon travail de recherche. Son regard attentif, ses précieux conseils, ses orientations, ses suggestions et sa disponibilité dans l’encadrement m’ont beaucoup édifié.
  • À Monsieur Joseph Fodé Telliano, mon oncle maternel qui n’a jamais cessé de m’entretenir au sujet de la formation. Son encouragement durant ce programme de formation et sa finesse dans la finition de ce rendu m’ont marqué d’un sceau indélébile.
  • À Monsieur Lamine Guirassy, PDG du Groupe Hadafo médias qui m’a apporté une main forte pour prendre part à ce programme de formation qui me tenait beaucouup à cœur.
  • À mes chers défunts parents (Bandabéla et Sia Sitta) sans oublier mon défunt grand frère Eugène Exupéry qui ont cru en l’école.
  • Aux autres membres de la famille (Éric Moriba, Aly Pascal, Bernard M’Bemba, Finda Monique et Alain Bruno), pour leur appui inlassable qui m’a permis d’accorder tout le sérieux à ce programme de formation.
  • Au corps professoral de l’Institut des Médias de l’Université Nazi BONI pour la disponibilité, le contenu des cours dispensés et la qualité des enseignements reçus durant cette session de formation.
  • A tous les collègues de la première promotion de l’Institut des médias, spécialité Technique des métiers de l’information, les échanges et les liens tissés ont enrichi ma toile d’amitiés et mon carnet d’adresses.

SOMMAIRE

1.      INTRODUCTION.. 8

2       PROBLÉMATIQUE.. 14

3       MÉTHODOLOGIE.. 17

4       PRÉSENTATION DES DEUX ORGANES.. 19

5       ÉTUDE COMPARATIVE.. 22

6       QUELQUES PROPOSITIONS DE SOLUTIONS POUR QUALIFIER LE TRAVAIL DES JOURNALISTES.. 40

7       CONCLUSION.. 44

BIBLIOGRAPHIE.. 46

ANNEXES.. 46

LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES

  1. Figure 1 : cartographie des médias audiovisuels de la Guinée                                          10
  2. Figure 2 : graphique présentant les travailleurs de la RTG et d’Espace TV                         10
  3. Figure 3 : graphique présentant les préférences de 100 citoyens de Conakry                     18
  4. Figure 4 : tableau présentant les 100 citoyens interviewés                                                20
  5. Figure 5 : tableau des éditions diffusées par la RTG et Espace TV                                    37
  6. Figure 6 : graphique présentant les nombres des partis politiques reçus par la RTG et Espace TV pendant la campagne électorale de la présidentielle de 2015                                      46

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

BL :Bloc Libéral, parti politique dirigé par l’opposant Faya Lansana Millimouno

CFA :Communauté financière africaine, le nom de la monnaie utilisée par la majorité des anciennes colonies de l’Afrique occidentale et centrale française.

CIS : Culture Info Sport, c’est la chaîne privée guinéenne spécialisée dans la culture et les sports, propriété de l’actuel président de la fédération guinéenne de football

CNC : Conseil National de la Communication, l’ancienne appellation de l’organe de régulation des médias de la République de Guinée. Son président et membres du bureau exécutif étaient nommés par décret présidentiel

CNT : Conseil National de la Transition, parlement transitoire mis en place en 2010 et remplacé en 2014 par la première législature de la troisième république

CRAC : Collectif pour la Réélection d’Alpha Condé, mouvement de soutien au président Alpha Condé à la présidentielle en 2015

CTRN : Conseil Transitoire de Redressement National, c’est le parlement de transition mis en place par les militaires après le coup d’Etat du 3 avril 1984

FIJ : Fédération Internationale des Journalistes

HAC : Haute Autorité de la Communication, c’est l’appellation de l’organe de régulation des médias de la République de Guinée

GAC : Guinea Alumina Corporation, une compagnie minière qui exploite la bauxite dans la région de Boké

GRUP : Génération pour la Réconciliation, l’Unité et la Prospérité, parti politique de l’opposant Papa Koly Kourouma

HADAFO : Hadja Daloba Fofana, nom du groupe des médias Radio Espace, Espace Régions, Sweet FM et Espace TV

JEMAP : Jeunesse de la Majorité Présidentielle, mouvement de soutien au président Alpha Condé

MPD : Mouvement des Patriotes pour le Développement, parti politique dirigé par le directeur de l’office guinéen de la publicité Paul Moussa Diawara

MTN : Mobile Téléphone Network, l’un des opérateurs de téléphonie mobile présent en Guinée et dans la plupart des pays africains

OGAM : Observatoire Guinéen d’Autorégulation des Médias

OGP : Office Guinéen de la Publicité

OIJ : Organisation Internationale des Journalistes

PAD : Prêt à diffuser. C’est ainsi qu’on appelle dans le jargon journalistique, tous les éléments d’informations traités qu’on peut aligner pour la diffusion

PADES : Parti de l’Alliance des Démocrates de l’Espoir, parti politique dirigé par le député Ousmane Kaba

PDG-RDA : Parti Démocratique de Guinée-Rassemblement Démocratique Africain, parti au pouvoir sous la première république en Guinée (1958-1984)

PEDN : Parti de l’Espoir pour le Développement National dirigé par l’opposant Lansana Kouyaté

PEG : Parti des Ecologistes de Guinée dirigé par l’opposante Marie Madeleine Dioubaté

PMU : Pari Mutuel Urbain, une société de loterie présente en Guinée

PUP : Parti de l’Unité et du Progrès, parti au pouvoir sous la deuxième république en Guinée (1984-2008)

RPG : Rassemblement du Peuple de Guinée, parti au pouvoir de décembre 2010 à nos jours. Avec le jeu des alliances lors de la présidentielle de 2010, le parti est devenu RPG arc en ciel

RTG : Radio Télévision Guinéenne

SODITEV : Société de Distribution d’Images Télévisuelles

TA TV : Today Africa Télévision, c’est le nom d’une chaîne privée guinéenne de la société publique d’investissement

TNT : Télévision Numérique Terrestre

UA : Union Africaine

UFDG : Union des Forces Démocratiques de Guinée, parti politique dirigé par l’opposant Cellou Dalein Diallo

UFR : Union des Forces Républicaines, parti politique dirigé par l’opposant Sidya Touré

UGDD : Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement, parti politique de l’ancien ministre de l’enseignement supérieur, Georges Ghandi Faraguet Tounkara décédé en 2016

URTELGUI : Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée

RÉSUMÉ DU MÉMOIRE

Les télévisions suscitent un grand espoir en Guinée. Les productions de la chaîne d’Etat et celles des chaînes privées sont sensées montrer les réalités du pays. Depuis des décennies, les populations urbaines pas plus que rurales, ont fondé l’espoir sur les investissements faits dans le monde de l’audiovisuel. Elles entendent transmettre à travers les images, ce qui marque la société guinéenne dans son ensemble. La diversité des chaînes à laquelle nous assistons ces dix dernières années, a davantage accru cet espoir. Au-delà de ce qui apparaît comme un élément de plus pour un réel ancrage démocratique, il existe des détails souvent ignorés, mais qui constituent des freins pour l’accomplissement de cette ambition.

Il s’agit en effet, des choix qui sont faits par les producteurs, dans le cadre du traitement des informations. Si les médias d’Etat ont une position connue d’avance, les chaînes privées ne parviennent pas à se distinguer nettement d’eux. Dans ce travail, nous faisons une analyse comparative des contenus éditoriaux entre la RTG et Espace TV. A partir d’un questionnaire auquel ont répondu cent citoyens (intellectuels et jeunes en formation en majorité), nous sommes arrivés à un résultat proche de celui d’une étude faite en 2016 par Afrobaromètre, qui classait déjà les deux télévisions aux premiers rangs des plus suivis dans le pays. Les interviewés ont également justifié leurs préférences.

L’étude s’est focalisée sur le nombre d’éditions d’informations diffusées au quotidien, les structures des journaux télévisés, la diversification et la hiérarchisation des éléments et les contraintes. Un accent particulier a été mis sur la couverture par les deux chaînes de la campagne électorale de la présidentielle guinéenne de 2015.

Dans nos propositions de solutions pour améliorer la qualité du travail des journalistes, nous avons d’abord suggéré que les contraintes qui pèsent sur les deux rédactions soient levées. Indéniablement, nous avons mis au cœur des actions à mener par les chefs d’entreprises de presses et les institutions de la république, la formation des journalistes, la révision, l’adaptation et le respect des textes qui gouvernent la profession en Guinée. Le défi majeur, est d’apprêter les télévisions qui émettent en Guinée à répondre aux attentes de leurs publics qu’elles doivent apprendre à connaître. L’avènement de la télévision numérique terrestre devrait coïncider avec l’enrichissement des contenus des programmes des télévisions.

       1.            INTRODUCTION

Les sujets divers sont couverts, au quotidien par les journalistes guinéens. Les rédactions sont amenées à collecter les discours des décideurs qui communiquent sur leurs actions. Les ministres, secrétaires généraux, directeurs nationaux et responsables d’institutions étatiques font le compte rendu de leurs activités et organisent des ateliers de réflexion sur les questions de préoccupation nationale. Généralement les matins, les départements ministériels sont pris d’assauts par des jeunes collecteurs d’informations, qui, des jours auparavant ont eu connaissance des agendas à travers les responsables de communication. Ces derniers, sont en réalité des journalistes en activité ou des anciens journalistes qui connaissent bien le paysage médiatique guinéen. Ils gardent de bons rapports avec certains reporteurs qui deviennent des contacts à saisir dans les différentes rédactions, lorsqu’il y a des activités.

En 2012, le porte-parole du gouvernement, le ministre du Travail, de la Formation Professionnelle et de l’Emploi, Damantang Albert CAMARA a mis en place la cellule de communication du gouvernement. La structure composée de journalistes et communicants, est représentée dans tous les ministères. Ses attachés de presse rendent compte des réunions de cabinet et relaient les messages de l’équipe gouvernementale sur les réseaux sociaux. Sur le réseau social Facebook, la cellule a créé une page officielle en plus du site officiel du gouvernement. Ces canaux sont aujourd’hui des sources d’informations pour les médias du pays.

Lorsque les communiqués sont vus sur les différentes plateformes de communication du gouvernement, ils sont différemment traités. Certains médias les reprennent ainsi, ou les reformulent et d’autres en profitent pour produire des éléments d’enquête, d’analyse et de reportage. Il y’en a même qui développent ces communiqués officiels dans des programmes d’informations beaucoup plus longs. Des émissions existent à cet effet pour faire des analyses et débats avec pour objectif d’expliquer ou de recueillir des avis contradictoires sur le sujet. C’est là que démarre l’explication de la diversification des choix qui sont faits lors des différents conseils de rédactions. Bien évidemment, ces choix sont motivés par la volonté des uns de jouer pleinement le rôle qui est le leur et celle des autres à rester fidèle aux contenus des messages tels qu’ils sont livrés. Or, en se conformant aux principes fondamentaux du journalisme, on ne perd pas de vue que le journaliste apporte de la nouveauté à l’actualité. La nouveauté ne résiste pas à l’usage du temps. Marc Martiniani[1], connu sous le pseudonyme de Marcus Malte, écrivain français et lauréat du prix Femina 2016 pour son roman « Le Garçon », n’a pas tort de dire dans cette œuvre : «la nouveauté ne dure pas, on se lasse comme on s’est embrasé : aussi vite ». Ce qui nous amène à dire qu’en voulant inscrire l’actualité dans la durée, on s’écarte des ambitions de l’informateur et s’éloigne des attentes des informés en ressassant la même chose. D’ailleurs Jean Mistler, qui fut secrétaire perpétuel de l’Académie française parlait de l’actualité en ces termes : « L’actualité, nous le savons, c’est ce qui, ce matin, semble être quelque chose et, ce soir ne sera plus rien ».

La télévision est aujourd’hui le medium qu’on dit être un peu plus complet que tous les autres médias classiques qui ont existé avant elle. Un élément diffusé par une chaîne peut être non seulement vu, écouté et le travail des infographes permet de bien identifier les intervenants. A la télévision, on a coutume de dire, qu’il y a la radio et la presse écrite en plus de sa particularité qu’elle a de faire voir de loin les images animées. Le canadien Marshall McLuhan, fondateur des études contemporaines sur les médias, dans son livre intitulé :  » Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme « [2]écrit : «Le contenu d’un média est toujours un autre média. Ainsi le contenu de l’écriture est la parole, celui de l’imprimé est le manuscrit, et celui du télégraphe est l’imprimé ». Nous pouvons dire avec lui que l’image télévisée contient le texte et la parole.

En revanche dans le cadre de la transmission des nouvelles, la télévision est plus lente que la radio, média chaud, à même de produire de façon instantanée. Dans sa classification, McLuhan, distingue deux catégories de médias (chauds et froids). Et il classe la télévision dans les médias froids en raison du fait qu’elle demande l’investissement des téléspectateurs pour mieux comprendre les informations. Désormais, avec les progrès techniques et technologiques, on vit des changements véritables, car les informations sont aussi denses à la télévision qu’à la radio tout comme l’image est devenue d’une importante qualité. Raymond Queneau, romancier, poète et dramaturge français dit dans son ouvrage « Les fleurs bleues » pour sa part que : « La télé, c’est de l’actualité qui se congèle en histoire. Aussitôt fait, aussitôt dit ». Cette instantanéité est aujourd’hui rendue possible grâce à l’invention des outils de télécommunications plus sophistiqués.

Ce n’est pas encore véritablement le cas en Guinée où des promoteurs manquent de moyens pour informer comme on le fait déjà à la radio. Les éléments à diffuser font l’objet d’un traitement dont la réussite dépend en grande partie de la collaboration entre cameramen (preneur d’image et du son), technicien monteur et journaliste rédacteur. Dans certaines stations de télévision, le travail du technicien monteur se focalise sur l’habillage des grands formats. Les journalistes rédacteurs sont capables d’apprêter le texte et de procéder au montage.

2-       HISTORIQUE DES TÉLÉVISIONS EN AFRIQUE FRANCOPHONE ET EN GUINÉE

Comme dans tous les pays africains colonisés par la France, la Guinée a commencé à recevoir les signaux d’abord de la radio sous la colonisation. « La radio banane » occupait déjà les installations actuelles de la RTG Boulbinet[3] juste à proximité du ministère de la communication. Elle a été baptisée « La voix de la révolution « au lendemain de l’accession du pays à l’indépendance politique le 2 octobre 1958. Le pouvoir s’en est servi pour faire sa propagande de Conakry (sud-ouest du pays) à Yomou (sud-est), les discours de Sékou Touré étaient écoutés et réécoutés sans cesse.

L’Histoire de la télévision en Guinée est différente de la plupart des autres colonies françaises qui ont acquis leur indépendance en 1960 comme le voulait la constitution française du 4 octobre 1958. Celle-là même qui a scellé l’association entre l’hexagone et les territoires sous domination qui étaient en voie de décolonisation. Globalement,  les chaînes ont été installées dans les pays qui ont accepté d’adhérer à la communauté française avec l’aide des autorités de Paris. Tout démarre très tôt, dès avril 1962 au Congo Brazzaville lorsque le président Fulbert Youlou en a fait la demande pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance du pays. Ainsi en novembre de la même année une station a commencé à émettre après un travail de quatorze spécialistes français parmi lesquels les journalistes Guy Bernède, Jacques Conia ainsi que l’ingénieur Louis Ménard. Dans la foulée d’autres pays ont inauguré leurs bijoux : le Gabon le 9 mai 1963 en présence du président Léon Mba[4] et du ministre français de la coopération Raymond Triboulet, la Haute Volta, actuel Burkina Faso le 5 août 1963, la Côte d’ivoire le 7 août 1963, la République démocratique du Congo en novembre 1966. L’histoire est parfois fascinante. Au Togo, Paris a dû accélérer l’installation de la télévision en 1973 en débloquant une somme importante (3,5 milliards de francs CFA dit-on) pour éviter que la télévision ghanéenne de langue anglaise qui émettait depuis 1969 ne prenne le dessus.

Le Tchad a pu se doter de sa chaîne le 10 décembre 1987, grâce au génie des techniciens locaux qui réussirent à surmonter plusieurs défis en s’inspirant de la télévision du Cameroun, elle-même née en décembre 1985 un an après celle du Burundi. Source: (« Histoire de la télévision en Afrique noire francophone, des origines à nos jours, Paris, Editions Karthala 2009 de Tidiane Dioh« ). La télévision publique guinéenne, désignée sous le sigle « RTG », a été installée en 1977.  Les contenus des programmes au départ ont été guidés par les principes et la volonté du père de l’indépendance qui souhaitait atteindre par ses messages, tous les guinéens de cette époque. Comme la voix de la révolution le nouveau médium a eu la même mission, celle de faire la promotion des actions du gouvernement et de faire voir tous les symboles de ce pouvoir révolutionnaire qui subissait les représailles de la France après son vote historique du 28 septembre 1958 : le non au projet d’adhésion à la communauté française du Général Charles De Gaulle. Les médias ne devraient donc de ce fait relayer qu’un seul discours, celui du chef suprême. Toute communication qui n’allait pas dans le sens de la propagande en faveur du pouvoir issu de l’indépendance était jugée « hérétique » et son passage interdit à la RTG. Dans l’ensemble, les opposants au régime étaient considérés comme des traitres, voire des ennemis de la République, comme le témoignent « Sékou Touré, le héros et le tyran de Ibrahima Baba Kaké, groupe jeune Afrique, 1987 » et plusieurs autres manuels d’histoire sur cette période.

Après le décès du Président Sékou Touré et l’avènement au pouvoir de l’armée, plusieurs actions visant à instaurer une véritable démocratie ont été enclenchées. La libéralisation de la presse n’est pas restée en marge. Les journalistes qui exprimaient déjà leur envie de se prononcer librement sur les questions de la vie nationale, ont réclamé des autorités de la transition réunies au sein du Conseil militaire pour le redressement national (CMRN) plus de liberté. Du 13 au 15 juin 1991, des réflexions ont permis de mettre au point plusieurs textes juridiques qui ont abouti à l’adoption de deux lois organiques par le Conseil Transitoire de Redressement National (CTRN) : La loi organique (L/91/005 du 23 décembre 1991) sur la liberté de la presse et la loi organique (L/91/006 du 23 décembre 1991) portant création du Conseil National de la Communication (CNC). Deux lois amendées par le Conseil National de la Transition en 2010.

De 1992 à 2010 plusieurs titres d’organes de presse écrite vont être crées légalement. Le 14 août 2006, après la libéralisation des ondes en 2005, la radio Nostalgie Guinée commence à émettre, devenant ainsi la première radio privée en Guinée. Contrairement aux radios, les promoteurs n’ont pas pu tout de suite installer des télévisions privées. Dans l’ensemble, le pays compte à ce jour 47 médias audiovisuels fonctionnels dont 9 télévisions, selon les données sur l’audiovisuel en Guinée fournies par la Haute autorité de la Communication. Les 8 chaînes sont dans la capitale et une seule à Kankan, la deuxième ville du pays.

Fig. 1 : Cartographie des médias audiovisuels de la Guinée

Source : https://www.google.co.uk/search?q=carte+administrative+de+la+guin%C3%A9e+conakry et l’apport de l’étudiant pour l’emplacement des médias.

Source : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/guinee/) et amendements de l’étudian

Légende :

              : Radio

              : Télévision

3         NOTION DE CHOIX ÉDITORIAL

Le choix éditorial est déterminant pour chaque média. Il définit l’ensemble des décisions visant à assurer la cohérence des productions et permet de préciser plus ou moins l’identité d’une entreprise d’informations. La ligne éditoriale est de ce fait un élément fondateur de toute politique rédactionnelle et s’inscrit dans un projet de long terme, apportant une cohésion globale à un ensemble de contenus. La ligne éditoriale se définit comme l’ensemble des choix et décisions que fait un comité de rédaction d’une chaîne de télévision, de commun accord avec le promoteur, pour se conformer à une ligne morale ou éthique définie. Le rédacteur en chef veille au respect de cette ligne morale dans le traitement des informations en lien avec l’actualité. Un projet éditorial clair, dans le cadre de la télévision, aide le téléspectateur à distinguer une chaîne d’une autre. Le téléspectateur qui a plusieurs options, peut rester fidèle ou non, à un organe audiovisuel sachant à l’avance le type d’informations qu’il y trouve. Les informations, leur organisation et le ton avec lequel elles sont présentées donnent une identité à une chaine.

En suivant les journaux télévisés des chaînes dont les contenus éditoriaux font l’objet de cette étude comparative, on peut percevoir des différences notoires mais également des similitudes. Paradoxalement, les téléspectateurs qui leurs sont fidèles, ou les préfèrent moins, ont du mal à cerner leurs lignes éditoriales. Soit qu’ils ignorent la notion même de ligne éditoriale ou ne parviennent pas à comprendre la façon dont les informations sont traitées. Toujours est-il que tous les médias chassent les informations dans un même ranch. L’essentiel des journaux, des radios, télévisions et sites web sont alimentés par des faits ordinaires et discours politiques au nombre desquels, ceux qui touchent les institutions sont les plus nombreux.

En parlant donc des contenus, une question se pose tout naturellement : qu’y-a-t-il d’intéressant dans les informations données par les  télévisions guinéennes? Cette interrogation peut susciter diverses réponses. Chacune reflétant le positionnement politique de son auteur. Pour certains, les activités du chef de l’Etat et de son entourage sont d’une grande importance. Ce qui ne l’est pas aux yeux d’autres qui trouvent dans les démarches des opposants politiques, des éléments intéressants. Il existe en plus des groupes politiques, une frange importante de la population qui pense l’information télévisuelle autrement. Il s’agit des citoyens, pour qui le quotidien prime sur tout discours qui se contente de faire des projections. Les querelles politiciennes restent pour ce groupe la cadette de ses préoccupations. Il revient aux journalistes de contenter tout le monde dans une seule édition d’informations. Faudrait-il cependant qu’ils aient connaissance des attentes du public. Ou tout au moins, qu’ils connaissent leur public.

En parlant du public des télévisions guinéennes, tel que nous tentons de le présenter, il est composite et fait des choix multiples. Le risque de se perdre facilement demeure lorsqu’on est chercheur d’informations. Il y a ceux qui informent les journalistes (sources), et il y a les consommateurs. Or, ceux qui souhaitent donner des informations, ne le font pas souvent sans arrière-pensée. Les détenteurs de la puissance publique prennent la parole pour faire des déclarations, conférences de presse et communiqués. Ce qu’ils font relève de la communication politique. Paradoxalement, le traitement qui est fait de ces discours ne va pas au-delà de ce qui est officiel. En clair, on a le sentiment que l’opération de communication se prolonge dans les médias. C’est absurde sans doute, mais ça fonctionne ainsi depuis des décennies pour des raisons que l’économiste et homme politique guinéen

Ousmane Kaba[5] a su résumer en ces termes : « derrière chaque absurdité en Guinée, il y a des billets de banque »

4 PROBLÉMATIQUE

La République de Guinée compte 47 médias audiovisuels, dont 9 chaînes de télévisions fonctionnelles. L’époque où l’Etat détenait le monopole sur l’information est révolue depuis la libéralisation des ondes en 2005 par le gouvernement du Général Lansana CONTÉ. Les deux radios et deux télévisions d’Etat ont vu venir de nouveaux médias mis en place par des promoteurs privés. De 2006 à 2010, les premiers demandeurs ont obtenu des licences d’exploitation pour des radios privées commerciales et communautaires. La majorité des stations se trouvent à Conakry et une dizaine maintenant dans les chefs-lieux de régions administratives.

L’existence des radios indépendantes de l’Etat dans la première décennie du 21ème siècle en Guinée, n’a cependant pas permis de répondre aux attentes que l’opinion nourrissait à la libéralisation des ondes. La télévision d’Etat qui venait d’ouvrir sa deuxième chaîne, a davantage centré ses informations sur les actions du gouvernement et des institutions de la République. Il a fallu attendre 2011 pour que la première chaîne privée Gangan TV commence à émettre dans la capitale. Progressivement, elle a été rejointe par Diversity TV, Evasion TV, TA TV, Espace TV, CIS TV, toutes à Conakry et Faso TV à Kankan. Depuis lors, les guinéens ont commencé à suivre les informations différemment et à se faire un choix.

Aujourd’hui encore, la télévision d’Etat reste très suivie dans le pays. Dans un premier temps parce qu’elle dispose plus de moyens et dans un second, parce que les nouvelles chaînes quoique indépendantes, n’arrivent pas à se distinguer nettement d’elle. Les similitudes sont constatées dans les contenus des programmes d’informations. De l’avis général, les statuts des différentes chaînes constituent le premier élément de comparaison, car ils déterminent le fonctionnement de chaque type de média. Certes, les chaînes privées élargissent leur champ de collecte d’informations et prennent en compte des avis divergents. En revanche, lorsqu’on regarde de plus près, on peut percevoir d’autres éléments qui ne changent pas, que le téléspectateur suive un journal de la RTG ou d’Espace TV. C’est pourquoi nous avons opté pour cette étude comparative en vue de ressortir ces points communs que l’opinion publique a tendance à ignorer.

Dans ce travail, nous faisons tout d’abord, un aperçu sur les attentes des téléspectateurs qui se sont exprimés lors d’une enquête menée dans la capitale Conakry et un historique sur les débuts de la télévision en Guinée. Cet historique nous a permis de ressortir les raisons du choix éditorial à la RTG qui a du mal à évoluer après quarante ans d’existence et l’influence qu’elle a sur l’ensemble des chaînes privées qui ont commencé à s’installer en 2011. Cette étude comparative part de la présentation des deux chaînes à une explication des contraintes qui pèsent sur elles, débouche sur une proposition de solutions pour qualifier le travail des journalistes, qui ne manquent pas de détermination. Il est question de la hiérarchisation des informations, du choix des angles et de l’alignement des publireportages dans les journaux télévisés. Un accent particulier est mis sur la couverture médiatique de la campagne présidentielle de septembre à octobre 2015.

4.1   Motivations pour le sujet

Aujourd’hui plus qu’hier, l’indépendance du journaliste est menacée par plusieurs pesanteurs politico-économiques. Dans un pays où la pratique démocratique est à ses débuts, les médias aident à promouvoir le changement d’habitude à tous les niveaux. Au-delà de leur rôle d’informateurs, les médias en général et les médias audiovisuels en particulier participent à l’éducation de masse des différentes couches de la population et contribuent à la formation de l’opinion. Le retard qu’a connu la Guinée dans sa marche vers la libéralisation des ondes, a été préjudiciable pour les journalistes qui n’ont appris qu’à communiquer sur les actions des gouvernants.

Les textes juridiques qui encadrent le métier de journaliste en Guinée, nous permettent de mieux cerner les manquements et de proposer les solutions pour les éviter à l’avenir. Avec l’installation en 2005 des radios et télévisions privées, les journalistes de ces médias ont commencé à marquer une rupture avec les pratiques de leurs confrères des médias d’Etat.

Leurs premières actions dans ce sens ont consisté à la création et à l’animation des émissions interactives auxquelles prennent part tous les citoyens guinéens. Les résultats ont été immédiats et appréciables selon les opinions, car, le fait que les guinéens donnent leurs avis sur les questions d’intérêt général, modifie les rapports entre gouvernants et gouvernés. Certes toutes les suggestions faites par les intervenants dans les médias ne sont pas prises en compte, mais elles sont d’un grand apport pour les institutions qui promeuvent la bonne gouvernance. Les télévisions privées jouent un grand rôle dans l’évolution du débat public. L’image, informe davantage lorsqu’elle permet de montrer les réalités du terrain par la présentation du quotidien des populations des campagnes aux villes. C’est pourquoi il faut nécessairement s’approprier des pratiques du métier en respectant les textes qui le gouvernent.

  • Nous voulons par ce travail comprendre et faire comprendre les pratiques professionnelles dans les télévisions guinéennes à travers ces deux organes (la RTG et Espace TV) dont les programmes sont les plus suivis selon l’enquête que nous avons réalisé et celle menée par Afrobaromètre. Notre stratégie dans ce sens est de nous approcher des journalistes qui, au quotidien collectent et traitent les informations.
  • Nous souhaitons ensuite donner une nouvelle lecture du fonctionnement de la télévision d’Etat dans l’espoir que la leçon que nous en tirons nous permette de proposer la solution adaptée aux problèmes souvent dénoncés.
  • Nous avons enfin envie de relever les faiblesses des télévisions privées à travers Espace TV, en vue de préparer leurs employés à répondre aux attentes du public qui compte sur les médias pour découvrir la vérité.

4.2   Objectif général

Comprendre la nécessité d’opérer des changements dans les rédactions de la RTG Koloma et d’Espace TV.

4.3   Objectifs spécifiques

  • Ressortir les éléments qui influencent les choix éditoriaux des rédactions des deux chaînes.
    • Relever les contraintes qui pèsent sur les rédactions des deux télévisions.
    • Susciter la dynamique de réformes en proposant des pistes de solutions.

4.4   Résultats attendus

4.4.1 Les attentes des citoyens sont mieux comprises.

  •  Les prestations des professionnels de l’information guinéens sont qualifiées.
    • Les organes de régulation et d’autorégulation des médias veillent au respect des textes qui encadrent le métier de journaliste en Guinée
    • HYPOTHESE

Les deux télévisions qui sont l’objet de cette étude ont des points communs parce qu’elles sont toutes les deux marquées par l’histoire de la télévision en Guinée.

4.5.1 Hypothèse 1 : La rédaction d’Espace TV se trouve fortement influencée par le travail de télévision d’Etat. La rédaction de la RTG est en effet animée par des journalistes qui tiennent pour la plupart des cours dans les écoles de journalisme en Guinée.

4.5.2 Hypothèse 2 : Le non-respect de certaines pratiques professionnelles, des lois et code déontologique par les deux rédactions, les empêche de répondre aux attentes de leurs publics.

4.6      MÉTHODOLOGIE

La ligne éditoriale d’un média est difficile à cerner. On ne peut la définir par un simple regard ou le temps passé à suivre les programmes d’informations. C’est pourquoi nous avons préféré nous focaliser sur l’appréciation des éléments perceptibles qui composent les contenus des journaux télévisés des deux chaînes pour réaliser cette étude.

Le sujet est abordé sous la forme analytique et la méthodologie relève d’un usage croisé de techniques de recueils des données :

  • En premier lieu, nous avons lu les publications sur les lignes éditoriales des médias, les contenus des journaux télévisés, les débuts de la télévision en Afrique, en Guinée et l’avènement des médias audiovisuels privés en Guinée.
  • Ensuite, nous avons lu quelques articles de presse, consulté les rapports qui traitent de la couverture médiatique du processus électoral de 2015, la loi portant sur la liberté de la presse en Guinée et le code déontologique de la presse guinéenne.
  • Mon appartenance à une des deux télévisions qui font l’objet de cette étude comparative, m’a permis d’observer de plus près les pratiques journalistiques, des conférences de rédaction à la diffusion des journaux.
  • Afin d’obtenir la lecture des téléspectateurs et l’opinion des responsables éditoriaux des deux chaînes, nous avons mené une enquête auprès de 100 citoyens des cinq communes de Conakry et procédé à des interviews. Pour l’enquête, il a été utile de préparer un questionnaire auquel ont répondu tous les interviewés. Il était question d’amener les citoyens à nous dire dans un premier temps les chaînes de télévisions qu’ils préfèrent suivre plus que d’autres pour s’informer et dans un second, à nous expliquer les raisons de leurs choix. Pour ce qui concerne les cadres éditoriaux enfin, nous avons échangé avec eux autour des principes qui guident leur travail de la collecte, à l’alignement des éléments à présenter dans les éditions en passant par le traitement des informations. Ils ont également répondu aux questions relatives aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. Les entretiens ont eu lieu dans les bureaux de certains répondants et d’autres ont réagi par courrier électronique.

4.7      Les difficultés rencontrées

  • La première difficulté rencontrée dans le cadre de cette recherche a été de trouver les publications sur la presse audiovisuelle guinéenne. La seule qui est accessible (ou qui existe réellement), porte sur un siècle de la presse en République de Guinée. C’est une thèse en ligne qui traite de l’histoire de la presse écrite nationale en général « Un siècle de journaux en Guinée : histoire de la presse écrite de la période coloniale à nos jours » de Mamadou Dindé Diallo[6].
  • La seconde est liée à la collecte des œuvres qui traitent en profondeur des questions éditoriales.
  • Et la troisième concerne la réticence de certains citoyens à répondre à notre questionnaire.

5           PRÉSENTATION DES DEUX ORGANES

Les deux télévisions sont toutes installées à Conakry. Leurs statuts les distinguent nettement l’une de l’autre.

5.1   La Radiotélévision Guinéenne (RTG)

La télévision nationale, appelée Radiotélévision Guinéenne (RTG) est une chaîne généraliste qui propose des programmes d’informations, de divertissement et de sport. Elle a été installée en 1977 à Conakry. Située essentiellement auparavant à Boulbinet dans la presqu’île de Kaloum, cette chaîne d’Etat est un don du président libyen Mouammar Kadhafi, à son ami Sékou Touré. Elle a donné naissance à une deuxième chaîne en 2006 qui est venue compléter à quatre le nombre de médias du groupe d’organes audio-visuels de service public (Radio diffusion nationale Koloma, Radio Kaloum Stéréo, RTG1 Boulbinet, RTG2 Koloma). Etablie à Koloma, dans la commune de Ratoma à Conakry, la maison qui l’abrite a été offerte à la Guinée par la République populaire de Chine. Le bâtiment où travaille le personnel de la RTG, sous la surveillance de militaires armés d’un char se trouve à proximité de l’ambassade des Etats unis d’Amérique en Guinée.

La RTG ainsi scindée en deux s’est donnée deux missions distinctes. La première est assurée par la RTG1 qui garde les anciens locaux de Boulbinet dans la commune de Kaloum. Sa tâche consiste à couvrir les sujets qui touchent directement aux préoccupations des populations. Elle se définit comme une chaîne de proximité avec des programmes réalisés en langues nationales dédiées à la culture, au petit commerce, aux activités du monde rural, à la pêche artisanale et aux petits métiers. La deuxième est assurée par la RTG2 Koloma, une chaîne généraliste qui s’occupe des actualités politiques, économiques, juridiques et sociales. C’est au niveau de la télévision de Koloma que les décisions les plus importantes du pouvoir sont annoncées.

La rédaction de la télévision nationale compte à ce jour plus de cent (100) journalistes composés de cinquante-deux (52) fonctionnaires de l’Etat, trente (30) stagiaires en activité depuis plus de cinq ans pour certains et vingt (20) collaborateurs extérieurs composés en majorité d’officiers de l’armée et de chroniqueurs sportifs. Les officiers militaires travaillent au compte de la presse militaire qui est logée au camp Almamy Samory Touré, siège du ministère de la défense nationale et de l’État-major général des armées dans la commune de Kaloum. Ces militaires formés aux techniques journalistiques, identifient leurs propres sujets qui portent essentiellement sur les activités de la défense nationale, collectent et traitent les informations avant de déposer les éléments prêts à diffuser (PAD) auprès du rédacteur en chef à Koloma dans la commune de Ratoma. Il en est de même pour les chroniqueurs sportifs, qui constituent une équipe travaillant à la fois pour la RTG1 Boulbinet et la RTG2 Koloma. Leur travail est directement contrôlé par les directions générales des deux chaînes.

L’obstination des dirigeants à s’approprier la télévision nationale, s’explique par la volonté de faire admettre comme une vitrine pour la promotion des activités familiales et des groupes d’opportunistes avec des soubassements politiques. L’idée étant de n’avoir aucune glace pour montrer quelque chose de différent. Les sujets ne sont d’intérêt national que lorsque leur image transparaît.

Le Président Ahmed Sékou Touré fut le premier à abuser de cet outil, multipliant les interventions télévisées, « abreuvant ainsi les téléspectateurs d’un flux d’images qui le montraient toujours à son avantage dans un registre immuable du leader adulé par son peuple et respecté par le monde extérieur» (témoigne BA Abdoul dans « Télévisions, paraboles et démocraties en Afrique noire« , L’Harmattan, Paris 1996).

La RTG est un enjeu de conquête ou de conservation du pouvoir. Sous La deuxième république, entre le 3 avril 1984 et le 22 décembre 2008, des putschistes l’ont plusieurs fois prise pour cible. Le 19 juillet 2011, jour de l’attaque contre le domicile privé du Président Alpha Condé, la garde républicaine l’a entourée d’un cordon de sécurité. L’ex chef de la junte Moussa Dadis Camara[7] s’en est servi pour diffuser en direct ses entretiens avec des hommes qu’il accusait de corruption et de trafic de drogue. Le feuilleton baptisé « Dadis Show » par les guinéens a battu les records d’audience dans le pays et dans les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest. Sous la deuxième partie de la transition ouverte après les accords de janvier 2010 à Ouagadougou au Burkina Faso, la RTG a été ouverte à toutes les sensibilités sociales et politiques. Une ouverture rapidement remise en cause à l’avènement du président Alpha Condé au pouvoir.

5.2   ESPACE TV

Espace est une chaîne privée du groupe HADAFO[8] Médias qui émet depuis 2013 à partir de Paris en France. Le siège se trouve à Matoto Kondéboungni dans la commune de Matoto, la plus grande du pays. Comme le groupe, la chaîne a été mise en place par Lamine GUIRASSY qui a fait ses premiers pas dans le monde des médias en France. Rentré au pays en 2007, il installe d’abord la radio Espace qui n’a pas tardé à se faire une place importante en Guinée. Il dispose en plus de cette première radio connue aujourd’hui pour son émission « Les grandes gueules« , de quatre autres radios à Conakry (Sweet FM), à Boké (Espace Kakandé), à Labé (Espace Fouta) et à Kankan (Espace Kankan). C’est seulement en décembre 2015 qu’elle a obtenu la licence d’exploitation de la télévision des mains de la Haute Autorité de la Communication. La chaîne continue en revanche jusqu’au moment de la rédaction de ce mémoire, à diffuser ses programmes par le moyen d’un serveur. La production et la planification sont faites à Conakry. Il n’y a pour l’instant aucune possibilité de diffuser les éditions et toute autre émission en direct. Les prêts à diffuser sont programmés à travers une commande à partir d’une machine équipée du logiciel Team viewer. Les signaux sont repris par SODITEV une société de distribution d’images installée à Conakry et par Startimes international.  Ce qui fait d’elle une télévision vue en dehors de la Guinée.

Espace TV compte à ce jour 52 employés dont vingt-cinq (25) journalistes, quatorze (14) cadreurs, sept (7) techniciens monteurs, deux (2) techniciens de régie et deux (2) programmeurs qui s’emploient quotidiennement à la production et à la diffusion des informations. La chaîne se définit comme une télévision généraliste avec des programmes consacrés aux réalités des guinéens de l’intérieur et de l’extérieur.  Elle produit trois éditions d’informations par jour : 13h, 20h et 22h. Des éditions qui s’intéressent aux actualités quotidiennes et des faits divers.

La rédaction dispose de quatre émissions d’informations (Face à la rédaction, le club de l’actu, l’autre journal et politiquement correct). Ces programmes hebdomadaires approfondissent des sujets qui dominent l’actualité en Guinée.

Jamais de l’histoire médiatique de la Guinée, l’octroi d’un agrément n’avait suscité autant de polémiques que lorsqu’il s’est agi d’autoriser cette chaîne du groupe HADAFO médias à émettre. Le groupe qui est aussi propriétaire de la radio Espace, bien écoutée à Conakry et en région a dû attendre le quatrième ministre de la communication sous la présidence Condé, nommé dans le gouvernement de Mamadi Youla[9] pour obtenir ce sésame que deux ministres lui avaient ouvertement refusé.

 Fig.2 : Graphique présentant les employés des deux chaînes de télévision

                                         Graphique fait par l’auteur du document J.L

6           ÉTUDE COMPARATIVE

Ce travail porte sur les contenus éditoriaux à la Radiotélévision guinéenne (RTG Koloma), chaîne publique d’informations et à la télévision privée Espace du groupe Hadafo médias. D’après une enquête réalisée auprès des habitants de Conakry dans le cadre de cette recherche, les deux chaînes sont les plus suivies dans la capitale. A partir d’un échantillonnage de 100 guinéens dont l’âge varie entre 25 et 55 ans.

 Critères de choix de nos interviewés

Critères Nombre d’interviewés
Age  
20 -35 ans 32
35- 45 ans 40
45- 55 ans 28
Occupations
En formation 65
Travaillant 35

NB : Les citoyens ont répondu à un questionnaire que nous avons soumis à chaque interviewé. L’enquête a été réalisée de manière orale et les réponses ont été notées dans un tableau.

Fig.3 : Graphique présentant les préférences de 100 citoyens interviewés à Conakry

                   6.1 Résultats des enquêtes

                                                                    (Graphique fait par l’auteur du document J.L)

 * 51 des citoyens interrogés disent qu’ils suivent régulièrement les journaux de la RTG, soit 51% des interviewés

   * 56 des citoyens interrogés disent qu’ils suivent régulièrement les journaux d’Espace TV, soit 56% des interviewés

    * 26 des citoyens interrogés répondent qu’ils suivent régulièrement les journaux des deux chaînes, soit 26%

     * 25 des citoyens interrogés répondent qu’ils ne suivent que les programmes d’informations de la RTG et d’autres chaînes mais non Espace TV, soit 25%

* 29 des citoyens interrogés répondent qu’ils ne suivent que les programmes d’informations d’Espace TV et d’autres chaînes mais non la RTG, soit 29%

     * 16 des citoyens interrogés disent qu’ils ne suivent que la RTG pour s’informer, soit 16%

     * 21 des citoyens interrogés disent qu’ils ne suivent que Espace TV pour s’informer, soit 21%

     * 13 des citoyens interrogés disent qu’ils ne suivent que les médias internationaux (France24, Africa24, TV5 monde et Infos sport) pour s’informer soit 13%

     * 6 des citoyens interrogés disent qu’ils ne suivent aucune chaîne de télévision pour s’informer, soit 6%.

Une étude réalisée en 2015 par Afro baromètre classe la RTG devant Espace TV. Toujours est-il que les deux restent les plus suivies en Guinée.

  • Analyse des résultats

De cette étude, nous avons pu avoir plusieurs lectures. Les 6% des interviewés qui ne suivent aucune chaîne de télévision et les 13% qui ne suivent que les médias internationaux, expliquent leurs choix par le fait qu’ils ne trouveraient pas intéressants, les contenus des programmes que proposent les médias audiovisuels guinéens dans l’ensemble. Ceux qui préfèrent la RTG à Espace TV ou inversement justifient leurs choix par le fait qu’ils se retrouvaient dans les contenus proposés par leur chaine de préférence. Les réponses relatives aux choix éditoriaux sont assez diverses, chaque téléspectateur définissant les lignes éditoriales comme il les conçoit.

Un autre constat se dégage. Depuis 2011, l’année qui marque le démarrage des programmes de Gangan TV, la plus ancienne chaîne privée du pays, la télévision d’Etat continue de s’imposer contrairement à la radio nationale que les organes privés ont fait oublier en peu de temps. Une petite partie de la population garde un œil critique sur les contenus des journaux, l’autre qui représente la majorité, les suit avec un peu de passion et de naïveté, ne sachant distinguer la propagande de l’information. Les chaînes privées n’ont pas encore permis véritablement à cette majorité d’apprécier la bonne information. Autrement, les citoyens ont l’impression de regarder très souvent la même chaîne, lorsqu’ils retrouvent dans les éditions du soir de toutes les télévisions (privées et publiques) les ateliers de formation, les conférences et communiqués des institutions.

6.2   Les points de ressemblance

En dépit des différences qui sont connues du grand public, les deux rédactions ont parfois des points de ressemblances dans la hiérarchisation de l’information et la diffusion des publireportages dans les grandes éditions d’informations.

6.2.1          Hiérarchisation des informations

Les journalistes ont besoin de donner un sens à une vaste quantité d’informations et de savoir comment les organiser de façon à mettre en évidence les éléments les plus importants, à les rendre compréhensibles à un public dont le niveau de compréhension est très hétérogène et les attentes et gouts assez divergents. Les jugements en question impliquent de choisir les événements considérés comme digne d’intérêt et de décider comment présenter l’information. Inévitablement, le format de présentation de ces informations reflétera l’expérience et les prises de position des journalistes eux-mêmes. Il est important que le public comprenne ces cadrages et les considère de façon critique. Ce qui n’est pas toujours aisé.

« Hier un astéroïde est tombé sur la ville : un quartier détruit, plus d’électricité ni de transport nulle part, écoles et commerces fermés. Mais ce matin, le grand titre à la Une du journal de la ville, c’était ça : le maire a un nouveau chien. Ce journal a un problème de hiérarchie de l’info. C’est quoi la hiérarchie de l’info ? Comment les médias l’établissent-ils ? Est-ce qu’on peut la critiquer ». C’est un résumé d’une petite vidéo de France Télévision dans son programme d’éducation sur les médias. La vidéo dont le producteur est Bruno Duvic[10], pose les vraies questions sur les notions d’ « importance » et d’« intérêt». Ce qui paraît important ou intéressant aux yeux du journaliste peut ne pas l’être pour le public.

La hiérarchisation de l’information est l’ordre de passage des éléments dans une édition d’informations. Les plus importants ou ceux qui sont jugés comme tels, sont alignés en premier. Pour le journaliste, l’information est dite importante, lorsqu’elle intéresse plus de téléspectateurs. Elle a de l’intérêt que lorsqu’elle touche aux préoccupations des téléspectateurs ainsi que de leurs proches. Mais il n’y a pas de principe établi pour préparer un conducteur qui est le chemin de fer d’une édition d’information. Le conducteur comporte à la fois, les éléments prêts à diffuser, les jingles (mélodies courtes et accrocheuses qui annoncent des programmes d’émission. Ces mélodies sont associées à des slogans) et l’habillage du journal télévisé. A part l’habillage qui ne change pas au quotidien, les éléments à diffuser n’ont pas un ordre inamovible dans une édition. Nicolas Charbonneau[11], journaliste à TF1 le dit bien « la hiérarchisation n’est pas une science exacte, le journaliste peut parfois se tromper sur l’ordre des informations transmises, il n’y a pas de règles ».

Par ailleurs, il est toujours recommandé de trouver un équilibre entre la vision de l’équipe de coordination des éditions d’informations et les attentes des téléspectateurs. Chaque chaîne est le reflet de ses clients (téléspectateurs), elle doit leur offrir ce qu’ils demandent.

Dans le journal de 20h 30 à la RTG, le téléspectateur connaît à peu près l’alignement des éléments du jour. Les sujets institutionnels arrivent toujours en premier, suivis de faits divers qui ne figurent pas souvent. Cette façon de traiter qui n’a toujours pas changé inspire les rédactions des nouvelles télévisions qui s’installent. Non seulement dans certaines écoles de journalisme de Conakry, les professeurs, en majorité des travailleurs de la télévision d’Etat, apprennent aux étudiants à aligner les éléments de cette façon, mais aussi de très loin la rédaction d’Espace TV qui fonctionne depuis à peine quatre ans est fortement influencée sur ce plan.

De façon habituelle, ce principe non écrit, s’est imposé comme une règle déontologique. Tous les journalistes ou presque disent clairement qu’il faut ouvrir chaque édition par des actualités politiques, institutionnelles, enchaîner par les faits judiciaires, économiques, sociétaux et terminer par des faits divers. Le choix est justifié par l’enseignement qui est donné dans les écoles d’une part et d’autre part par le fait que les événements politiques prennent de l’ascendance sur l’actualité globale dans le pays. Les journalistes semblent trouver normal tous les jeudis par exemple, de commencer par présenter à leurs téléspectateurs le compte rendu du conseil des ministres.

En Guinée en effet, les discours politiques dominent le débat public. Les acteurs politiques passent leur temps à discuter des positions des uns et des autres sur l’échiquier. Depuis 2010 en effet, les opposants courent après le pouvoir pour obtenir l’organisation des élections. Il a d’abord été question des législatives qui ont été organisées le 28 septembre 2013, mettant ainsi un terme à une partie de la transition ouverte en 2008 après la mort du président Général Lansana Conté. Le conseil national de la transition composé d’acteurs de la société civile et de quelques cadres des structures politiques avait légiféré durant quatre ans. Les incompréhensions nées de la volonté de l’opposition à aller vite à ces scrutins mais avec une institution électorale crédible et de l’intention du pouvoir d’obtenir la majorité des députés ont été si remarquables que les institutions internationales ont été sollicitées pour rapprocher les différends. Il s’est alors engagé une discussion à l’allure d’un conflit politique que les journalistes étaient appelés à couvrir au quotidien. Tous les jours presque, les sujets politiques arrivent en premier et débouchent sur plusieurs éléments dans les journaux télévisés.

C’est toujours le cas depuis la fin de la présidentielle de 2015. Les journalistes continuent à relayer les informations sur le processus politique en Guinée. Il est maintenant question des élections communales qui auraient dû se tenir en décembre 2010.

6.2.2          Les publireportages dans les grandes éditions d’informations

Les annonceurs tiennent bien souvent à faire couvrir leurs activités périodiques. Il s’agit pour les opérateurs de téléphonie mobiles Orange Guinée, Cellcom, MTN et Intercel d’organiser des campagnes promotionnelles destinées à accroître leurs ventes. Du lancement des promos jusqu’à la remise des cadeaux aux gagnants, les deux rédactions sont conviées à couvrir les différents tirages. Ces éléments sont réalisés selon les consignes données par les opérateurs. « Nous couvrons généralement les promos de MTN, Orange Guinée et Cellcom qui sont nos partenaires. Ce qu’ils veulent voir à l’antenne, nous diffusons : c’est-à-dire la réaction des gagnants et les explications qui sont données sur les procédés. Il m’est arrivé deux ou trois fois d’être interpellé par le responsable commercial qui me faisait part de l’indignation de MTN qui n’avait pas apprécié la manière dont un de mes reporteurs avait couvert une de ses activités. Les consignes n’avaient pas été respectées, me disait-il », nous a confié dans le cadre de ce travail Moussa Moise SYLLA, directeur de l’information d’Espace TV.

Il en est de même pour la loterie dominée par Guinée Games et PMU Guinée, les distributeurs de boissons non alcoolisées, d’images télévisuelles, les pétroliers etc. Pendant la durée de leur partenariat avec les deux entreprises médiatiques, il n’y a d’informations les concernant que leurs campagnes de communication.

Dans les deux télévisions, les rédactions prennent soin de préciser qu’il s’agit bien des publireportages, sauf que malheureusement, les éléments n’ont leur place que dans les grandes éditions d’informations. Le PDG du groupe HADAFO médias est bien conscient de cette réalité. Il a une fois demandé par mail aux rédactions de ses médias de trouver un créneau pour la diffusion des publireportages. Cette demande n’a pas été acceptée en raison des divergences autour de la méthode de mise en œuvre. Le rédacteur en chef de la RTG Koloma M. Aboubacar CAMARA en poste depuis 2013, nous a fait part de son avis aussi sur la question : « En principe nous ne devrions pas le faire, mais il y a assez de pressions. Les annonceurs ont des amitiés au sein de la maison, parfois même, c’est avec les responsables haut placés qu’ils traitent et ils tiennent à ce que leurs activités passent forcement dans la grande édition. Sinon nous précisons que ce sont des publireportages … »

Ces relations entre les médias et les opérateurs économiques, empêchent les journalistes d’enquêter sur le fonctionnement des entreprises, la façon dont les clients apprécient leurs services, (sont-ils satisfaits ou pas ?). Aucune démarche de ce genre ne peut être acceptée par les patrons qui ne souhaitent aucune détérioration de leurs rapports avec les différentes compagnies. En Guinée, les utilisateurs des produits de la société de téléphonie mobile Orange se plaignent souvent de la mauvaise qualité du réseau internet et des plans tarifaires disent-ils très coûteux. En novembre 2015, plusieurs clients avaient accusé l’opérateur via les réseaux sociaux facebook et twiter, de surfacturer les frais de connexion alors qu’ils disaient ne pas bien en profiter. La rédaction d’Espace TV qui n’avait pas eu l’autorisation d’entendre les plaignants a été invitée à diffuser la réaction d’un responsable de la communication de la société de téléphonie.

En décembre de la même année, la même rédaction a omis un détail important sur le début de l’exportation de la bauxite d’une mine de Boké via un quai commercial qui venait d’être inauguré à Kamsar, l’une des cités industrielles de la préfecture. La directrice de Guinea Alumina Corporation (GAC) avait laissé entendre que 9000 tonnes de bauxite que sa compagnie minière exploite, allaient être exportées gratuitement en vue de tester sa qualité. L’équipe de reportage à laquelle nous appartenions avait été informée qu’il s’agissait bien d’un publireportage. Nous devions donc nous contenter des consignes de la cellule de communication qui a souhaité qu’on parle plutôt des réalisations faites par GAC dans les zones impactées par le projet d’exploitation de cette mine, ainsi que des mesures prises pour protéger les riverains contre la pollution de l’environnement. Ces éléments pour une télévision n’ont pas pu être vu dans un compte rendu de la cérémonie qui a laissé les responsables de l’entreprise, le ministre des mines et le Chef de l’Etat s’exprimer. Il n’y a donc pas eu de recoupement d’informations entre ce qu’a dit la directrice de la compagnie minière et ce qui est mentionné dans le nouveau code minier par  rapport au test de la qualité d’une ressource minière : devrait-il se faire avant le début de l’exploitation ou après? quelle quantité y est-elle recommandée ? Pire, les citoyens qui auraient bénéficié des infrastructures scolaires et sanitaires de GAC n’ont pas été rencontrés. Ce qui était professionnellement incorrect. Tous ces aspects ont été volontairement omis pour aider le partenaire du média au sein duquel évolue la rédaction à soigner son image.

Il est d’ailleurs important de rappeler que l’alignement des publireportages dans les journaux télévisés va à l’encontre de la charte déontologique des journalistes de Guinée. Dans ce texte qui oblige le journaliste guinéen à s’imposer des règles d’honneur professionnel, il est mentionné au point (f) : « il s’interdit de confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire, de propagandiste ». Même si la loi L/2010/02/CNT du 02 juin 2010 ne précise pas la place qui doit être réservée aux informations à caractère publicitaire, elle interdit toute manœuvre visant à transformer en information, toute publicité commerciale. L’article 72 stipule : « aucune entreprise éditrice, aucun de ses collaborateurs n’est habilité à recevoir ou à faire promettre une somme ou tout autre avantage en vue de transformer en information de la publicité commerciale. Les écrits publicitaires à présentation rédactionnelle, doivent être précédés des mots publicité ou publireportage ».La violation des dispositions de cet article est punie au paiement d’une amende de vingt millions (20.000.000 GNF) à cinquante millions de francs guinéens (50.000.000 GNF). La Haute autorité de la communication (HAC) que nous avons sollicitée pour connaître sa réaction par rapport à cette réalité en Guinée qui va bien au-delà des deux médias, nous a tout simplement fait savoir qu’il s’agit des télévisions commerciales. Or, la RTG ne l’est pas et il faut mentionner que la loi n’exclut aucun type d’organe, ni par son statut, ni par son positionnement.

6.3   Les points de dissemblance

Globalement, les deux rédactions traitent différemment les informations. Qu’il s’agisse des angles de traitements jusqu’aux choix plutôt subjectifs des événements politiques à couvrir, les divergences sont bien visibles.

Fig.5 : Tableau présentant les trois éditions diffusées par chacune des deux chaînes par jour

Chaînes Heures des éditions Durée minimale Rediffusion
RTG 13 heures 20 minutes ——
19 heures 20 minutes ——
20 heures 30 minutes 40 minutes 00 heure
Espace TV 13 heures 15 minutes ——-
20 heures 10 minutes (sans présentateur) ——–
22 heures 30 minutes 00 heure et le jour suivant à 8 heures

Graphique fait par l’auteur du document J.L

6.3.1          Choix des angles

Les éditions d’informations sont faites d’éléments traités en fonction des orientations de chaque journaliste. Souvent les choix sont guidés par la rédaction en Chef qui veille au respect de la ligne éditoriale.

6.3.2          Radiotélévision Guinéenne-non diversification des angles

Pour l’essentiel du contenu de l’édition, les éléments traitent des sujets institutionnels et des faits politiques. Les reporteurs se contentent de faire le compte rendu des communications des responsables de l’Etat. Ceux-ci ont dans leur agenda, des conférences de presse, des déclarations officielles et des visites de terrain. Dans le journal télévisé du 24 mars 2017, le présentateur avait aligné derrière un communiqué de la présidence de la République, un compte rendu sur une activité de la pêche. Le journaliste, auteur de l’élément diffusé, avait recueilli en marge d’un atelier de réflexion, les propos de l’inspecteur général du ministère de la pêche sur la levée de la sanction de l’Union Européenne qui pesait sur la Guinée. Il a bien pris soin d’utiliser des images des pêcheurs sauf qu’il ne leur a pas donné la parole. Qui parle de pêche en Guinée, doit avoir à l’esprit les quatre années que le pays a passé sous la sanction de l’union européenne et des efforts qui ont permis le retrait du pays de la liste noire des pays qui encouragent la pêche illicite et non déclarée. Il est en revanche incompréhensible d’omettre les conditions insalubres dans lesquelles se trouvent les débarcadères et les sollicitations des pêcheurs artisanaux qui approvisionnent les marchés de proximité en poissons.

Lorsqu’en janvier 2017, le président Alpha Condé a été désigné à Addis-Abeba pour assurer la présidence tournante de l’union africaine, la télévision nationale a consacré toute la période du 28ème sommet à diffuser des comptes rendus de plus de 7 minutes chacun à l’intérieur desquels des discours du Chef de l’Etat étaient presque entièrement repris. Les questions qui lui étaient posées par les deux journalistes qui l’accompagnent dans tous ses déplacements l’ont amené à parler plus de ce qu’il ressentait lui-même que de ce qu’il comptait faire pour mériter la confiance placée en lui au niveau continental, sans oublier les défis qu’il doit relever en Guinée. Ils n’ont pas non plus recueilli son avis sur le poids économique d’une telle responsabilité. De façon subtile, les journalistes ont interviewé partout en Guinée, ceux qui avaient envie de saluer cette consécration sans aller plus loin.

Sur la question, les journalistes de ce média d’Etat ne cachent rien. Les activités du Chef de l’Etat constituent les premiers sujets de souveraineté. L’équipe de reportage qui travaille à ses côtés fait la collecte et le montage à la présidence avant de déposer le prêt à diffuser à Koloma. La grande édition peut même être retardée de quelques minutes pour respecter le principe que l’ancien ministre de la communication Alhousseine Makanéra KAKE[12], passé dans l’opposition, a plusieurs fois rappelé aux médias qui l’interrogeaient sur la manière dont il définissait la ligne éditoriale de la RTG : « La RTG est un média d’Etat, donc dans le journal télévisé, on commence d’abord par les éléments du président de la République, ensuite du premier ministre, du président de l’Assemblée nationale, de la première dame ensuite les activités des différents ministres ». La Haute autorité de la communication (HAC) par la voix de son vice-président M. Ousmane Camara, représentant au sein de cette institution la presse audiovisuelle guinéenne membre de l’Union des radios et télévisions libres de Guinée (URTELGUI), définit la RTG comme «Une chaîne publique donc sa ligne éditoriale est en fonction des préoccupations de l’Etat, par extension du gouvernement et des populations guinéennes».  Dans les deux définitions, on comprend aisément que les populations guinéennes arrivent en dernier dans les préoccupations de la télévision d’Etat.

L’actuel rédacteur en Chef de la chaîne est loin de se reconnaître dans les deux définitions. Aboubacar CAMARA s’est voulu très précis : « Nulle part, il n’est mentionné ce que nous devons faire en tant que rédaction de cette télévision. Nous ne connaissons pas la ligne éditoriale de la RTG, ce n’est pas moi seulement car même mes prédécesseurs ont travaillé comme ça ». Le véritable problème souligné par M. CAMARA est l’influence que sa rédaction subit au quotidien : « Les habitudes ont fini par prendre le dessus sur le professionnalisme, ce qui fait que nous sommes privés de liberté, chaque ministre, directeur national etc. tient à figurer dans l’édition et on passe par le ministre, le directeur général, le directeur de l’information pour mieux se faire entendre ». Le Rédacteur en chef confirme l’existence d’une équipe indépendante à la présidence qui ne prend plus part aux conseils de rédaction depuis des années. Les éléments qu’elle envoie à la télévision ne peuvent non plus faire l’objet de correction ni pour revoir le style des comptes rendus, ni pour adapter la durée à la norme journalistique.

6.3.3          Espace TV

Espace TV diversifie les angles de traitement. La rédaction va au-delà du discours officiel. Les reporteurs qui couvrent aussi les éléments institutionnels (ateliers, conférences de presse, colloques, séminaires, …), abordent les sujets différemment. Ils cherchent à faire comprendre les causes, les conséquences de certaines décisions et s’interrogent sur le crédit qu’on peut accorder à certaines annonces. La télévision diffuse sa dernière grande édition d’informations à 22 heures. Les téléspectateurs qui ont toujours le sentiment de n’avoir pas été bien informés dans le 20h 30 de la RTG attendent de voir l’autre façon de présenter les actualités.

Pour ce qui est de la couverture du 28ème sommet de l’union africaine qu’elle a faite à distance, la rédaction s’est servie des images que collectaient la cellule de communication du gouvernement. N’empêche que l’essentiel a été pris dans les longs discours du Chef de l’Etat guinéen ainsi que ceux de quelques dirigeants présents. En interne, la rédaction a travaillé sur ce que représente ce choix porté sur le président Alpha Condé pour la Guinée. Au-delà du fait que la désignation soit un honneur (l’essentiel des tâches étant assumé par le président de la commission de l’UA élu au cours de ce même sommet), quel peut être le coût de cette responsabilité ? Des analystes politiques et universitaires qui ont une large connaissance du fonctionnement de l’institution panafricaine ont indiqué par exemple chez Espace TV que les déplacements du Chef de l’Etat dans le cadre de ses missions continentales, sont à la charge de la Guinée. Au cours du sommet également, les dirigeants du continent sont largement revenus sur les questions de sécurité, de la jeunesse et du financement des activités des organes de gestion de l’UA. Les détails n’avaient pas été suffisamment donnés sur le montant des contributions de chaque état. Même si quelques questions sont restées en suspens, la chaîne aura permis aux téléspectateurs d’aller au-delà du discours officiel qui se contentait de saluer la désignation pour la première fois, d’un Chef d’Etat guinéen par ses pairs du continent, pour assurer la présidence tournante de l’institution panafricaine.

6.4   Ouverture aux partis politiques

Il s’agit là de la présence des deux télévisions sur le terrain politique.

6.4.1          La RTG au service du parti au pouvoir

Les événements politiques occupent une place importante dans le journal télévisé de la RTG. La chaîne n’a su garder jusqu’ici son impartialité dans le traitement des informations politiques. Les journalistes accordent beaucoup plus leur temps aux actualités des partis qui se sont succédé au pouvoir depuis des décennies : le Parti Démocratique de Guinée (PDG-RDA-Rassemblement Démocratique Africain) parti unique sous la première République, le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP), sous la deuxième république et le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel) depuis décembre 2010. Les démarches ont pourtant toujours été menées y compris par les partis politiques pour faire de la RTG un véritable médium de service public, en vain. Lorsqu’il était dans l’opposition, le RPG du président Alpha CONDE réclamait avec les opposants de son époque l’accès équitable de toutes les sensibilités aux médias d’Etat. Paradoxalement, le débat demeure et au cours des multiples dialogues politiques que le pays a connus depuis son premier mandat, cette réclamation figure parmi les plus importantes des opposants actuels. Le gouvernement promet toujours d’y répondre favorablement, mais dans les faits, aucun changement n’est constaté.

Le sujet fait débat dans le pays et de temps en temps, les activistes des droits de l’homme et défenseurs de la liberté de la presse, s’interrogent sur les causes réelles de cet état de fait. Si les caciques des régimes sont tout de suite pointés du doigt, on a souvent tendance à oublier la responsabilité des journalistes qui y travaillent. Les responsables de la télévision qui sont nommés pour leur loyauté au parti présidentiel, rangent leurs qualités professionnelles. Interrogé sur le sujet en conférence de presse, alors qu’il était aux affaires, l’ancien ministre de la communication Alhousseine Makanéra KAKE avait laissé entendre que les partis politiques qui souhaitaient faire couvrir leurs activités par la RTG, devraient faire la demande. A l’époque militant convaincu du RPG arc en ciel, il n’avait pas dit, si sa formation politique obéissait à cette règle qui n’est d’ailleurs écrite nulle part. C’est d’autant vrai qu’il n’a plus le même discours depuis qu’il est passé dans l’opposition après son limogeage en fin 2015. L’ancien directeur général de la RTG Yamoussa SIDIBÉ[13] était même revenu sur le sujet quelques jours plus tard dans l’émission « Les Grandes Gueules » de la radio Espace. Pour lui, les opposants faisaient un mauvais procès à l’institution, les leaders qui dénoncent la façon dont travaille sa rédaction étaient eux-mêmes responsables de cette situation, puisqu’ils n’invitaient pas la chaîne à leurs événements.

En réponse, le porte-parole de l’opposition républicaine Aboubacar SYLLA[14], qui a lui-même été deux fois, ministre de la communication avait réfuté les deux allégations. M. SYLLA avait tout de même justifié la méfiance de sa plateforme vis-à-vis du média, par les tentatives de manipulation et de désinformation dont il est souvent responsable.

Alors que les politiques ne veulent pas régler ce problème une bonne fois pour toute, les journalistes qui ont le statut de fonctionnaires d’Etat ne manifestent aucune intention d’aller vers les partis politiques d’opposition. A l’occasion des manifestations politiques, la chaîne est absente des rues. Elle se donne néanmoins le loisir d’en parler avec l’intention parfois de masquer les réalités. Ce ne sont pas les discours des organisateurs de la manifestation qui sont diffusés, mais plutôt ceux du gouvernement et du parti au pouvoir, qui condamnent les violences et présentent des images des forces de l’ordre blessés. Inutile de préciser que les informations relatives aux victimes parmi les protestataires ne comptent pas pour elle. « Notre mission n’est pas d’enflammer, quand il y a une actualité nous devons par nos reportages prôner le calme, l’entente tout en présentant une bonne image du pays », explique le Rédacteur en chef de la chaîne.

6.4.2          Espace TV ouverte à tous les partis politiques

Contrairement à la télévision d’Etat, la rédaction d’Espace TV se montre disponible pour toutes les formations politiques. Il est clair que tous les médias privés ont été créés avec le souci de contribuer à l’équilibre de l’information. Les partis animent le débat politique. Leur volonté est d’exprimer et de faire comprendre leurs opinions de manière exhaustive. C’est pourquoi dans ses éditions d’informations, Espace TV donne la parole à tous les acteurs sociopolitiques. Les journalistes couvrent notamment, les conférences, les plénières et manifestations organisées par les partis de la majorité présidentielle et de l’opposition. Tous les samedis, les structures qui peuplent le paysage politique guinéen, tiennent leurs assemblées générales. La rédaction choisi alors de se rendre dans les sièges des partis qui mobilisent le plus. Il s’agit du RPG arc en ciel, parti au pouvoir, de l’UFDG de Cellou Dalein DIALLO, la deuxième force politique, de l’Union des Forces Républicaines (UFR) de Sidya TOURÉ[15], la troisième, du Parti de l’Espoir pour le Développement National (PEDN) de Lansana Kouyaté[16] et très souvent du Bloc libéral (BL) de Faya Lansana Millimouno[17] arrivés respectivement cinquième et quatrième à la dernière présidentielle. Sur place, les reporteurs recueillent les déclarations officielles et procèdent à des interviews des leaders ou leurs collaborateurs sur des sujets d’intérêt national.

12-Actuel Haut représentant du Chef de l’Etat. Premier ministre de la Guinée de 1996 à 1999, il est député à l’Assemblée  Nationale. 13-Premier ministre de Guinée de 2007 à 2008. Elu député en 2013, il a refusé de siéger au parlement. 14-Administrateur de l’éducation, ancien  membre de la Nouvelle Génération pour la République de Ibrahima Abé Sylla, il a crée son parti Bloc Libéral en 2013.  

La télévision est présente lors des manifestations politiques qui ne manquent pas en Guinée. Elles ont généralement un caractère violent. En dépit de tous les risques que cela représente, les journalistes et cameramen partent à la rencontre des protestataires. Ils se donnent également la peine de faire intervenir les partisans du pouvoir sur leur position par rapport aux motivations des protestataires. Leurs avis comptent et sont alignés dans des comptes rendus et reportages classés au début des éditions d’informations. En 2015, une de ses équipes a été prise à partie par les contre-manifestants en colère au Marché de Matoto dans la commune du même nom. La voiture qui la transportait a été sérieusement endommagée. Cette attitude qui est la sienne, suscite la volonté des acteurs à solliciter ses services pour certaines activités qu’ils souhaitent médiatiser même lorsqu’elles ne retiennent pas forcement l’attention des journalistes. La décision de couvrir ce genre d’événements, est prise en conseil de rédaction.

6.5      Couverture de la campagne électorale de la présidentielle de 2015

L’élection présidentielle du 11 octobre 2015 a permis la réélection du professeur Alpha CONDE, au pouvoir depuis le 21 décembre 2010. Le vainqueur avait face à lui, sept (7) autres candidats dont une femme. Quatre des candidats malheureux l’avaient déjà été en 2010 et les trois autres : Marie Madeleine DIOUBATE du Parti des Ecologistes de Guinée (PEG), Dr Faya Lansana MILLIMOUNO du Bloc Libéral et feu Georges Ghandi Faraguet TOUNKARA de l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement (UGDD) tâtaient le terrain pour la première fois. Les médias avaient un rôle clé à jouer. Ils devaient à travers leurs éditions, informer de façon large le public sur le processus électoral. De la révision des listes électorales à la publication des résultats définitifs en passant par la distribution des cartes d’électeurs, la campagne électorale et le vote. Ils ont suivi le processus de bout à bout, en rendant compte au quotidien des démarches de la commission électorale nationale indépendante, du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation et de tous les organismes impliqués dans l’organisation des élections en Guinée. La campagne électorale a pris un mois (du 9 septembre au 9 octobre inclusivement). Elle a consisté pour les compétiteurs à expliquer aux citoyens les contenus de leurs projets de société. Il y a eu à la fois un travail d’information et de communication qui a été facilité par l’ensemble des médias composant le pays, chacun selon ses possibilités.

 La couverture médiatique devait être équitable, ce qui n’a pas été le cas, comme l’ont démontré certains rapports des observateurs des médias. L’observatoire guinéen d’autorégulation des médias (OGAM) a évoqué « des disparités géographiques dans la couverture médiatique de la campagne électorale. Les médias dans leur majorité ont beaucoup plus travaillé dans et pour la capitale Conakry qui s’est taillée 50% du travail de la presse ». Un fait que l’organe explique par la concentration des médias à Conakry avec un rayon de couverture très limité.

6.5.1          La RTG

Pour la campagne de l’élection présidentielle de 2010, la télévision nationale a mis en place sous l’œil vigilant de la Haute Autorité de la Communication (HAC) deux programmes d’informations. Il s’agit bien de  » sept minutes pour convaincre  » et  » regards croisés « .

Dans le premier programme, les images des meetings et les déclarations des candidats étaient relayées. Comme son nom l’indique, chaque parti politique avait droit à sept (7) minutes. C’est donc là un espace de communication pour chaque leader, les journalistes n’avaient à leurs demander aucun détail sur l’ensemble de leurs propositions ou des sujets précis. D’ailleurs, si l’essentiel du travail était fait avec le matériel et par les reporteurs de la RTG, les cellules de communication des différents partis veillaient au choix des contenus à diffuser. Au début de la campagne, les directeurs de campagne des différents candidats accordaient de l’importance aux messages. Vers sa fin en revanche, ils n’envoyaient plus que les images pour faire voir les foules.

Dans le second programme, deux journalistes recevaient sur un même plateau quatre militants de partis différents, ayant quelques responsabilités dans leurs structures, pour discuter de leurs propositions en matière de gouvernance, d’emploi, de chômage, de santé, d’éducation, etc. On précise bien que ce sont des militants, puisque les principaux responsables des partis étaient tous à l’intérieur du pays à la conquête des électeurs. Les regards n’étaient pas les mêmes, sauf que les citoyens ont eu du mal à comprendre les messages que chacun a voulu transmettre. Il est difficile de dire aujourd’hui si les deux émissions ont aidé les électeurs dans leurs choix. Déjà les candidats avaient eux-mêmes des difficultés à faire une véritable pédagogie auprès des citoyens, la télévision d’Etat n’a pas suffisamment travaillé à relever ce défi en posant de bonnes questions aux différents candidats. Au moins 31 des 100 guinéens interviewés dans notre enquête et ayant voté en 2015, disent n’avoir pas été guidés dans leurs choix par les deux programmes. Dans l’ensemble, ils avaient déjà fini de choisir pour qui voter avant même le début de la campagne électorale. Bien que la Haute Autorité de la Communication veille à l’équilibre, la chaîne ne s’est pas empêchée par moment de donner plus de temps au RPG arc en ciel. L’Institution a été obligée de rappeler la direction générale à l’ordre. Ce qui a été bien apprécié par l’opinion publique à l’époque.

Ces deux programmes ont mobilisé les téléspectateurs jusqu’à l’arrivée dans la deuxième quinzaine du mois de septembre, de l’équipe d’AFRICA 24. Les journalistes de cette chaine continentale avaient des programmes plus alléchants dédiés à la campagne. Ils ont reçu les directeurs de campagne, responsables de communication ainsi que les différents candidats et les ont interrogés véritablement sur les vraies questions de développement. Ce n’est pas dire qu’ils ont permis au citoyen illettré de voter selon le programme, mais ils auraient pu faciliter le choix des projets de société, si le vote communautaire n’était pas ancré dans les habitudes des citoyens guinéens. 

6.5.2          Espace TV

Pendant toute la période de campagne, la chaîne a été présente sur le terrain. Elle a continué à informer sur le processus en faisant échos des discours des candidats, des accrochages entre militants et des faits inédits. Seul problème, la rédaction n’a pu mettre en place un programme spécial destiné à faire comprendre les choix politiques des différents candidats. La seule émission  » Face au peuple « , créée pour l’occasion, n’a reçu que deux leaders : Dr Faya Lansana MILLIMOUNO du Bloc Libéral (BL) et Papa Koly KOUROUMA[18] du parti Génération pour la réconciliation, l’unité et le progrès (GRUP). Les candidats étant tous partis à l’intérieur, les six autres n’ont pu se prêter à l’exercice qui consistait à répondre aux questions de deux journalistes et de quelques citoyens sélectionnés dans les milieux estudiantin et professionnel.

Le rapport de l’observatoire guinéen d’autorégulation des médias a été bien clair sur le travail des télévisions privées dans l’ensemble au cours de cette période importante dans toute élection du président de la République. « Contrairement aux télévisions privées, quelques radios ont pu donner la parole aux partis politiques qui se sont exprimés sur leurs projets de société », peut-on lire.

L’OGAM a aussi indiqué le fait que les médias privés dans l’ensemble ont soumis au paiement, la couverture de la campagne électorale.

La direction commerciale avait signé en effet, des contrats avec des partis : UFDG de Cellou Dalein DIALLO, UFR de Sidya TOURE, PEDN de Lansana KOUYATE. La rédaction a donc déployé trois équipes de reportages pour accompagner les trois candidats dans leurs tournées à l’intérieur du pays. Les comptes rendus ont porté sur les discours de campagne teintés de promesses sans qu’on n’ait eu l’occasion de poser plus de questions sur les moyens de mise en œuvre de tel ou tel autre projet ambitieux. Le déséquilibre est net. Seulement trois leaders sur huit ont été suivis dans leurs déplacements et juste pour leur permettre de communiquer, rien de plus. En revanche, les mouvements de soutien pour la réélection du Président Alpha CONDE ont été présents à l’antenne. Il s’agit notamment du collectif pour la réélection d’Alpha CONDE (CRAC), de la Jeunesse de la majorité présidentielle (JEMAP), du mouvement des patriotes pour le développement (MPD). Ce dernier est un parti politique que dirige l’actuel directeur général de l’office guinéen de la publicité (OGP), mais qui a choisi d’accompagner le chef de l’Etat.  Le service commercial a continué à jouer son rôle, en conviant la rédaction à couvrir les meetings qui étaient organisés dans la capitale en faveur du parti au pouvoir. Il faut ajouter à ces mouvements de soutien, les communications des cadres de l’administration publique pendant cette période électorale. Tous les discours relayés par la chaîne avaient été mis à profit par leurs auteurs pour appeler les citoyens à voter pour le RPG arc en ciel.  Interrogé sur la façon dont il a compris le travail des journalistes à l’occasion de la présidentielle du 11 octobre, la cellule guinéenne du balai citoyen a dit n’avoir pas été suffisamment informé : « J’ai l’impression que certains médias se laissent manipuler par les partis politiques, je n’ai pas saisi leurs choix éditoriaux. En travaillant ainsi, je ne pense pas qu’ils aient permis aux citoyens de faire leurs choix de manière lucide », laisse entendre Sékou KOUNDOUNO, président de la cellule guinéenne du balai citoyen.

La chaîne est commerciale et de ce fait, vit essentiellement de la publicité. La loi organique L/2010/02/CNT du 22 juin 2010 portant sur la liberté de la presse en Guinée reste muette sur le comportement des télévisions privées en période électorale. Si pour les télévisions d’Etat, la haute autorité de la communication est appelée à veiller sur l’égalité de temps de parole entre les différents candidats pour toutes les élections, elle laisse le choix aux médias commerciaux. Ce qui fait donc qu’Espace TV tout comme d’autres télévisions privées ne respectent pas ce principe. Ceux qui paient le plus, s’offrent des grandes opportunités d’intervenir dans les éditions et d’autres programmes d’informations.

La HAC le rappelle si bien en citant l’article 56 du code électoral : « Tout candidat ou liste de candidat dispose d’un accès équitable aux organes d’informations de l’Etat pendant la campagne électorale ». Ce code astreint la Haute Autorité de la Communication à veiller au respect, par l’ensemble des médias de service public, du principe d’égalité de traitement des candidats, en ce qui concerne la reproduction et les commentaires des déclarations, les écrits, les activités des candidats et des partis politiques. « Ni ce code, ni les lois ne traitent expressément du cas des médias privés », précise M. Ousmane Camara, Vice-président de la HAC.

Des questions relatives à la liberté de la presse, ont du mal à trouver leurs réponses, aussi bien pour les journalistes que pour les responsables éditoriaux, tous obligés d’adapter leurs angles de traitement aux consignes données par les politiques via le service commercial. Les choix éditoriaux sont guidés de l’extérieur et la notion d’indépendance disparaît.

Fig.6 : Graphique présentant le nombre de partis politiques reçus par espace TV et la télévision d’Etat

                                  Graphique fait par l’auteur du document J.L

6.6      Contraintes dans les choix éditoriaux

Les rédactions des deux télévisions travaillent sous l’autorité des directeurs de l’information qui eux-mêmes rendent compte aux directeurs généraux. Si elles ont la charge de préparer et produire les éditions d’informations, elles agissent dans les limites d’infimes privilèges qui leurs sont reconnues. Autrement, leurs actions sont surveillées et encadrées à plusieurs niveaux, mais de manière différente.

6.6.1          RTG

La télévision nationale est une institution étatique dont les travailleurs sont régis par le statut de la fonction publique. Comme tous les autres cadres de l’administration publique, leurs choix éthiques sont guidés par la politique en place. Le ministère de la communication, qui s’est appelé par moment ministère de l’information, de la communication et des nouvelles technologies de l’information et de la communication, a la charge de mettre en œuvre la politique du chef de l’Etat dans les domaines de l’information et de la communication. Or, tous les présidents ont leurs propres visions de ce que doivent être des médias de service public. Ils ont tout de même quelque chose en commun, tous préfèrent les avoir comme outil de propagande en leur faveur que de les laisser travailler comme de véritables médias d’informations au service de la population.

Dans le choix des responsables, le pouvoir va au-delà du directeur général de la RTG qui a sous sa responsabilité la radio diffusion nationale et la télévision de Koloma. Il nomme sur proposition dit-on officiellement du ministre et par décret, les directeurs de l’information, rédacteur en chef, rédacteur en chef adjoint, chef d’édition etc. Tous obéissent aux ordres du ministre qui veille à ce que la priorité soit donnée aux informations du pouvoir. Présidés par le rédacteur en chef, les conseils de rédaction se tiennent tous les matins à 8h. Tous les reporteurs ne peuvent pas être là. Ceux qui se présentent sont désignés pour les sujets qui ne relèvent pas de l’institutionnel. Les reporteurs rattachés aux différents départements ministériels et institutions républicaines détiennent leurs agendas, car ils sont en contact avec les chargés de communication. Ils se déplacent alors de Conakry pour l’intérieur du pays et le signifient au rédacteur en chef qui ne découvrira le sujet et son angle de traitement qu’à leur retour.

« Ici, il y a des journalistes qui peuvent faire une semaine sans jamais arriver à la rédaction. Ils ont des agendas des ministères pour lesquels ils travaillent, donc certains éléments ne sont découverts qu’au passage à l’antenne », nous confie Thierno Ousmane DIALLO, journaliste reporteur de la télévision nationale.

La chaîne manque de matériels, les travailleurs s’en plaignent souvent. Ce qui a donné naissance à un groupe de cameramen, qui collaborent avec certains journalistes de la rédaction, stagiaires depuis des années. Ils ne sont pas tout à fait indépendants, mais ils disposent de leurs propres caméras qu’ils mettent au service de ceux qui ont des déplacements. En retour, les reporteurs qui marchandent leur travail s’engagent à verser un montant à leurs cadreurs en échange des images. L’argent qui est perçu sur le terrain est d’une grande utilité aussi bien pour le cadreur que pour le journaliste qui lui non plus, n’est pas payé par l’Etat. Les vieux stagiaires qui ont passé plus de cinq ans pour certains exercent en nombre au sein de la rédaction. On ne peut pas ne pas penser, que le rédacteur en chef n’a pas assez d’autorité.

6.6.2          Espace TV

Le Président Directeur Général du groupe HADAFO médias est journaliste et animateur de plusieurs émissions que proposent ses médias. Il souhaite garder sa liberté et permettre à chacun de ses travailleurs d’en jouir également. Cependant, la chaîne est commerciale et noue des partenariats avec diverses institutions privées (commerciales, politiques ou technologiques). La rédaction travaille en tenant compte du contenu du document de collaboration qui lie sa direction générale aux différentes entreprises. Il lui est demandé de couvrir des événements organisés par les partenaires, par ce que ceux-ci paient pour les couvertures médiatiques à la direction commerciale. Le rédacteur en chef est tenu de mettre à exécution les recommandations de la hiérarchie avant de soumettre aux discussions, les propositions des reporteurs.

Dans les choix des sujets, les journalistes sont d’abord guidés par les faits institutionnels et politiques. Ce sont les faits dominants qui suscitent beaucoup d’envie. Rares sont ceux qui comprennent qu’il y a mieux à dire sur les réalités non politiques. Tous ou presque semblent viser en premier les activités susceptibles de retenir plus d’attention et en second, celles dont la couverture peut rapporter un peu d’argent. Cette réalité est due au fait que le salaire ne les satisfait pas.

Les journalistes expriment souvent l’envie de réaliser les reportages à l’intérieur du pays, mais ils se voient bloqués par les problèmes financiers. La direction générale n’a pas l’air de vouloir financer une production qui, dans l’immédiat, ne rapporte rien financièrement. Les rares fois où ils se déplacent en région, ils produisent des grands formats sur : les réalités des paysans, des étudiants, l’état des routes, la politique du gouvernement dans les collectivités décentralisées … Le journal télévisé comporte en majorité les sujets d’actualité de la capitale, ce qui déjà pose un problème. Les citoyens des préfectures et des communes rurales ne se retrouvent pas dans les informations qui sont données au quotidien par la chaîne. Il faut bien dire que c’est la deuxième télévision dont les programmes sont le plus suivis dans la Guinée profonde après la RTG.

7                QUELQUES PROPOSITIONS DE SOLUTIONS POUR AMÉLIORER LA QUALITÉ DU TRAVAIL DES JOURNALISTES

En donnant l’information à la population, les médias contribuent à l’éveil des consciences. Ils favorisent la démocratie qui elle-même, garantie leur existence. Depuis la chute du monopole public sur l’audiovisuel en Guinée en 2005, les guinéens sont mieux informés qu’ils ne l’étaient au cours de la période allant de l’accession du pays à l’indépendance (1958) à la fin du 20ème siècle. S’il faut faire le bilan de ce progrès sociopolitique dont nous vivons les effets depuis tout juste 12 ans, nous pouvons noter l’ouverture de plusieurs radios et télévisions qui offrent plus de liberté de choix au public. Le pluralisme médiatique n’oblige plus personne à suivre les programmes d’une chaîne contre son gré.

Cependant, en suivant de près les journaux des chaînes de télévisions guinéennes dont les deux qui font l’objet de cette comparaison, il est aisé de constater des limites qui pour l’heure, ne permettent pas de répondre véritablement aux attentes de la population. Il faudrait que des télévisions soient présentes dans tout le pays, pour aider les ruraux à adapter leurs habitudes agro-pastorales, artisanales et commerciales aux changements que connait le pays. C’est un autre pas à franchir et les résultats seront immédiats puisque les médias sont un vecteur de développement.

En attendant des efforts économiques qui pourraient favoriser, espère-t-on, la couverture intégrale du territoire guinéen par les télévisions guinéennes, il nous semble impérieux de procéder à des changements notoires dans le choix et le traitement des informations. Dans leur travail, les journalistes des deux chaînes doivent se référer à la déontologie qui s’inscrit dans l’affirmation de la « responsabilité sociale » des médias. Il s’agit d’une doctrine d’inspiration libérale qui recommande l’autorégulation des médias en réponse aux attentes et aux doléances éventuelles de leurs usagers. Les reporteurs et les responsables éditoriaux doivent garder à l’esprit qu’ils ont l’obligation de rendre compte au public et de prendre en considération ses exigences et ses attentes en matière de qualité de l’information.

Pour la Radio Télévision Guinéenne, le changement doit et peut venir de l’intérieur. Les journalistes qui y travaillent sont appelés à prendre conscience du fait qu’ils demeureront des instruments des politiques tant qu’ils n’opposeront pas un refus catégorique à toutes les injonctions de l’appareil d’Etat. Cela ne peut pas se faire tranquillement sans  représailles mais, si collectivement les journalistes décidaient d’obéir à la loi, à la charte déontologique plutôt qu’aux ordres des régimes successifs, la victoire serait certaine. C’est pourquoi nous faisons appel, par ailleurs, aux actions des politiques qui ont tous intérêt à ce que la RTG soit indépendante et ouverte à tous. Une loi (différente du code du travail et du texte qui régit l’administration publique), doit être votée à l’assemblée nationale, avec pour vocation de protéger les journalistes et l’administration de la RTG contre les abus de l’exécutif. L’initiative peut venir de l’Assemblée, au sein de laquelle se retrouvent toutes les sensibilités politiques. Dans la partie statutaire de cette loi, on pourrait décider de la nomination d’une direction de la chaîne par un conseil d’administration élu dont le mandat serait renouvelable, d’une autonomie de gestion, d’une ouverture du capital de l’entreprise à des opérateurs privés ; le critère de sélection sera déterminant pour la pluralité au sein de l’organe décisionnel. L’idée d’un office de la Radio télévision Guinéenne, rattaché au ministère de la communication nous paraît moins prometteuse que celle qui protège le mieux la chaîne et ses employés. L’État pourra garder la majorité mais ne pourra plus nommer lui seul à toutes les fonctions administratives et éditoriales de la télévision. Le cahier de charges doit être réécrit en conférant à la télévision le statut de chaîne de service public. La ligne éditoriale pourra ainsi être redéfinit et les préoccupations de la population guinéenne seront placées au cœur des productions du média. Il faut, en d’autres termes, des initiatives courageuses.

Les citoyens guinéens qui suivent les programmes de la RTG doivent être amenés à payer des redevances. Ce qui fera d’eux, des propriétaires à part entière de la télévision. Les travailleurs eux, doivent perdre leur statut de fonctionnaires d’Etat ou à défaut, la direction mise en place qui aura toute son indépendance, pourra procéder au recrutement d’un nouveau personnel qualifié. La rédaction comptera sur son autonomie vis-à-vis des politiques, pour qualifier ses productions journalistiques.

La RTG doit pouvoir créer et faire travailler à moyen terme ses bureaux régionaux à Kankan, Labé, Nzérékoré, Kindia, Boké, Mamou et Faranah. Il s’agit, dans notre réflexion, de véritables desks installés dans les chefs-lieux des régions administratives pour permettre à la chaîne de jouer pleinement son rôle de chaîne de service public. Composés de journalistes de terrains, de cameramen et de techniciens monteurs, ces desks pourront changer radicalement le contenu du journal télévisé en faisant échos des réalités des villages qui sont encore les moteurs de la croissance économique du pays. Ils sont souvent oubliés, voire même méprisés par les décideurs politiques qui ne viennent les rencontrer qu’à l’occasion des scrutins électoraux. La Guinée est un pays dont l’essentiel du patrimoine culturel n’est pas bien connu. Le peu qui est présenté avec assez de caricatures parfois, est loin d’être l’essentiel comme on peut lire sur www.guineeconakry.info un site d’informations qui accorde une place importante à la culture dans ses articles. Il en est de même pour les terres arables drastiquement inexploitées en raison de l’impréparation des populations. On en trouve en abondance à Kouroussa, où les jeunes sont plutôt dans les carrières de mines et dans toutes les préfectures du sud où les cultures vivrières les plus consommées n’ont point de difficultés à réussir. C’est plus de 60% de la population guinéenne qui se trouve dans ce monde qu’une chaîne d’information doit habiter pour faire comprendre son quotidien. La Guinée est aussi ce pays dont la capitale baigne dans une insalubrité totale. La RTG ne doit pas avoir peur de relayer les plaintes des populations qui continuent à se demander, à quand la réalisation du rêve « Conakry ville propre« [19]?

Pour ce qui est d’Espace TV, elle doit profiter de son statut de chaîne privée d’informations généraliste afin de chercher et relayer la vérité des faits. Les journalistes doivent davantage travailler en fonction de la loi sur la presse guinéenne et la charte déontologique des journalistes de Guinée. D’ailleurs, ils doivent cesser de croire qu’ils peuvent être une référence, s’ils continuent à exercer parfois comme leurs confrères de la RTG. La liberté que ce média privé tient de la libéralisation des ondes audiovisuelles en Guinée, de la constitution et des textes supranationaux, est une chance. Sachant qu’elle est très enviée dans le pays et en tenant compte des conditions de son implantation, elle doit désormais chercher à être une école pour les futures générations. Il lui faudra pour ce faire, ne donner que des informations dans ses éditions. Les propagandes, communications institutionnelles et publicitaires doivent être rangées dans d’autres créneaux qu’elle pourrait dédier pour l’occasion.

La rédaction doit être libérée du poids de la direction commerciale. En clair, celle-ci devrait d’un commun accord avec la structure de production des spots publicitaires, mettre en place une équipe chargée de couvrir et de traiter les publireportages. Cette démarche éviterait toute confusion à l’avenir, car on ne pourra plus obliger le téléspectateur qui suit son journal à consommer de la publicité. La direction générale devra par ailleurs penser à une politique qui doit lui permettre d’améliorer les salaires des journalistes. Ils pourraient ainsi se passer des événements institutionnels et politiques qui génèrent de l’argent « Gombo[20]», comme cela s’appelle dans le milieu. Toute tentative d’influence extérieure pourra être écartée dans la mesure où le journaliste n’a rien à percevoir des organisateurs des activités. Le rêve, c’est d’arriver à un journaliste modèle,bien formé, libre et indépendant.

16- Terme couramment utilisé par les journalistes pour désigner l’argent perçu sur les terrains de reportages.  

Du côté de la Haute Autorité de la Communication (HAC) nous suggérons qu’elle soit plus active. Elle ne doit pas se contenter de sévir lorsqu’il y a des dérapages. La loi lui confère le rôle de veilleur en plus de celui de régulateur. Dans les deux cas, il lui est bien judicieux de procéder par pédagogie afin d’encourager le professionnalisme dans tous les médias. La loi et la charte déontologique interdisent la publicité dans les programmes d’informations, elle peut bien le rappeler à tout moment. Inutile de penser que le libéralisme donne tous les droits même ceux qui enfreignent la loi. Sinon, le journalisme risque de céder sa place à la communication propagandiste et publicitaire dans les médias.

Il faut régler le problème de la couverture des processus électoraux en Guinée. Dans un premier temps, la RTG qui a plus de moyens doit être engagée à faire une véritable campagne d’informations sur les activités qui concourent à l’organisation des élections. Elle doit se montrer disponible pour tous les partis qui cherchent à accéder aux fonctions électives des collectivités décentralisées au sommet de l’Etat en passant par le parlement. L’objectif sera d’expliquer les contenus de leurs projets. Elle n’a pas forcément besoin d’attendre la période des campagnes électorales pour le faire. Dans les journaux qui traitent des questions d’intérêt national, la rédaction peut recueillir les avis et les propositions des politiques conformément à la déclaration de Munich (1971) qui stipule que : « L’ensemble des droits et des devoirs des journalistes » procède « du droit du public à connaître les faits et les opinions». La déclaration de Munich (1971) ou charte sur les droits et devoirs des journalistes qui est l’une des plus importantes législations a été adoptée par la Fédération internationale des journalistes (FIJ), par l’organisation internationale des journalistes (OIJ) et par la plupart des syndicats de journalistes d’Europe.

 Dans le préambule de la charte éditoriale du journal de la télévision d’Etat, les journalistes mentionnent bien : « La contribution à la vie démocratique et l’accès à l’antenne pour tous les points de vue, dans le respect des personnes et de l’intérêt général sont des principes universels auxquels nous souscrivons dans la pratique du métier». Ce texte qui a été élaboré pour mieux indiquer aux reporteurs les sujets qu’ils sont appelés à couvrir et la façon de les traiter. Sile travail est bien encadré par les textes, dans les faits, cette charte n’est pas souvent respectée comme le reconnaît le rédacteur en chef Aboubacar CAMARA.

Espace Tv qui fait déjà ce travail doit pouvoir le continuer. En revanche, le législateur doit soumettre tous les médias privés et publics au respect de l’article 51 du code électoral qui parle de la couverture de la campagne électorale. L’équilibre du temps de parole à accorder aux différents compétiteurs doit être obligatoire pour tous afin d’éviter que les candidats les plus fortunés occupent plus de place dans les médias les plus suivis. Même dans le cadre des communications payantes, un barème doit être fixé pour les mêmes raisons : éviter le monopole d’un groupe de partis au détriment des moins riches.

8         CONCLUSION

Il ressort de cette étude des éléments instructifs. La télévision d’Etat continue de se maintenir dans le groupe des chaines les plus suivies dans le pays. Mais il convient de mentionner que la télévision nationale connaît peu de changements. Les mêmes problèmes constatés il y a des années persistent, qu’ils soient d’ordre technique, financier ou éditorial. La télévision privée Espace TV cherche quant à elle, à enrichir ses programmes. En quatre années d’existence, elle doit se battre pour résister dans un environnement économique difficile.

De façon globale, les chaines sont les seules à pouvoir vendre l’image de la Guinée. Pour ce faire, elles doivent s’équiper en matériels et s’offrir des canaux de diffusion des émissions sur une échelle beaucoup plus large. La Guinée est en effet un pays qui a une histoire peu connue. Une infime partie de son passé fait l’objet de cours dans les établissements d’enseignement nationaux et de débat dans des conférences internationales. Pour le guinéen des deux dernières décennies du 20ème siècle et des deux premières de ce 21ème, le pays se reconnaît par la lutte remarquable des résistants à la pénétration coloniale, la lutte pour l’indépendance, le pouvoir de Sékou Touré, la prise du pouvoir par l’armée et l’instauration du multipartisme. Ces éléments qui sont d’une grande importance forgent l’admiration. Par ailleurs, la Guinée est aussi et surtout une nation qui porte en elle des richesses culturelles immenses. Certaines ressources peu connues, sont même sur le point de disparaître. Dans une large mesure, les médias ont joué un grand rôle dans la conservation de quelques éléments du patrimoine historique dont les générations actuelles peuvent se vanter aujourd’hui.

Dans le premier régime, la télévision nationale a été utilisée pour accompagner les grands orchestres à des compétions internationales. Des groupes comme : les ballets africains, le Bembeya Jazz national, le Horoya bande, les Sofas de Camayenne, les Amazones de Guinée, etc. ont été de plusieurs rendez-vous. Leurs prestations étaient connues du grand public grâce au travail des journalistes culturels de cette époque qui ont su relayer des informations par l’utilisation des bandes magnétiques. Les différentes initiatives provenaient de l’Etat qui en avait fait une politique et une action pérenne. Le sentiment nationaliste était partagé par l’ensemble des couches socioprofessionnelles.

Le pays a fait du chemin. Dans les années 1990, le régime militaire qui venait de libéraliser théoriquement le débat politique, a aussi autorisé la création d’entreprises de presse. La presse écrite sera la première à se démocratiser. Ce qui du coup a permis de trouver des voix dissonantes dans les informations qui étaient proposées aux différents lecteurs. Il faut faire remarquer que les premiers à faire le pas dans ce métier, pour certains formés dans les pays voisins, avaient la hargne de vaincre l’arbitraire. Ils ont voulu avec de modiques moyens dénoncer toutes les dérives des autorités militaires qui géraient le pays. Au moins deux décennies durant, le travail des journalistes guinéens était axé sur la politique. Au même moment, les médias d’Etat ont continué à présenter des images d’un pouvoir dont les actions ont été marquées par la corruption.

Tous les médias qui se sont créés après, ont épousé le comportement des anciens. Avec l’avènement des télévisions privées, toutes les opinions sont dorénavant prises en compte dans des programmes d’informations proposés aux guinéens. L’espoir est permis, pourrait-on dire. La télévision numérique terrestre (TNT) pourra apporter des changements majeurs dans le monde de la télévision en Afrique. Elle a la réputation de démocratiser l’accès aux programmes en élargissant le champ de couverture pour les chaînes dont les promoteurs n’ont suffisamment pas de moyens. Les résultats de ce projet que cherche à réaliser les Etats africains, se fera sentir en Guinée où la télévision n’est pas encore accessible pour tous. Les zones très éloignées des centres urbains pourraient être couvertes. Il y a cependant un travail à faire de la part des promoteurs de télévisions pour offrir des programmes intéressants, à même de prendre en compte les préoccupations de toutes les couches des populations. Et pour contenter un public qui cherche sans cesse des informations réelles et vérifiées, les journalistes en activité doivent continuer à se former. L’emploi n’est pas une fin en en soi.

 

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

  1. « Le Garçon » de Marcus Malte. Paru le 18 août 2016, prix FEMINA 2016. 544 pages.
  2. « Sous la coupole » de Jean Mistler. Paru le 25 novembre 1981. 304 pages.
  3. « Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme », un essai de Marshall Macluhan. Paru en 1964, traduit en français en 1968. 432 pages. C’est un ouvrage de référence pour les sciences de l’information et de la communication.
  4. « Les fleurs bleues » de Raymond Queneau. Paru à Paris en 1965, édition Gallimard. 273 pages.
  5. « Histoire de la télévision en Afrique noire francophone, des origines à nos jours », de Tidiane Dioh. Paru le 1er avril 2009 à Paris, édition Karthala.240 pages. « Sékou Touré : le héros et le tyran », de Ibrahima Baba Kaké. Groupe Jeune Afrique, 1987. 254 pages.
  6. « Télévisions, paraboles et démocraties en Afrique noire. L’Harmattan, Paris 1996. 192 pages.

Articles de presse

  1. Rapport de la couverture médiatique de la campagne présidentielle de 2015 de l’observatoire guinéen d’autorégulation des médias.http://www.africaguinee.com/sites/default/files/rapport_election_presidentielle_2015.pdf.

Consulté le 20 juillet 2017.

  1. Guinée – Télévision : RTG, la voix de son maître (Consulté le 23 juin 2017 sur le site http://www.aujourdhui-en guinee.com/fichiers/videos5.php?langue=fr&idc=fr_Guin_e.

Documents officiels

  1. Loi guinéenne sur la liberté de la presse (Consulté le 24 juin 2017 sur le site http://hacguinee.org/?page_id=410
  2. Loi organique L /2010/003/ CNT/ du 22 juin 2010 portant Attributions, Organisation, Composition et Fonctionnement de la Haute Autorité de la Communication (Consulté sur le site : http://hacguinee.org/wp-content/uploads/2015/07/LOI-ORG-HAC.pdf.  le 25 juillet 2017.

ANNEXES

QUESTIONNAIRES DE TERRAIN

QUESTIONNAIRE POUR LES CITOYENS

(Interviewer 100 citoyens de communes et de quartiers différents dans la capitale)

  1. Les organes de presse
  2. Quels journaux lisez-vous pour vous informer ?
  3. Quelles radios écoutez-vous pour vous informer ?
  4. Quelles télévisions regardez-vous pour vous informer ?
  5. Quels sites internet consultez-vous pour vous informer ?
  6. Pourquoi préférez-vous tels médias et pas d’autres ?
  7. Lignes éditoriales
  8. Connaissez-vous ce qu’on appelle ligne éditoriale ?
  9. Connaissez-vous les lignes éditoriales des médias que-vous consultés pour vous informer ? Si oui expliquez-là.
  10. Etes-vous satisfait du travail de vos médias de préférence ?
  11. Voulez-vous qu’ils changent de contenus ? Ou qu’ils améliorent ?
  12. Globalement, pensez-vous que le travail des médias participe aujourd’hui positivement à un véritable débat démocratique ?
  13. Avez-vous apprécié, la manière dont les campagnes des trois dernières élections ont été couvertes par les médias guinéens ? Sinon pourquoi ?
  14. Les médias vous-ont-ils permis de comprendre les propositions des différents candidats ? Celui pour qui vous avez voté ?

QUESTIONNAIRE POUR LA SOCIÉTÉ CIVILE

(Recueillir les avis des plateformes de la société civile sur les politiques éditoriales des différents organes)

  1. Quels types de médias utilisez-vous pour vous informer, vous instruire, vous divertir ?
  2. Radio, télévision, la presse écrite ou la presse en ligne.
  3. Pourquoi ? (votre avis)
  4. Quel type préférez-vous pour vous informer ? (radio, télévision, presse écrite, presse en ligne).
  5. Connaissez-vous les lignes éditoriales des médias que vous utilisez pour vous informer, divertir ou s’instruire ? Si oui les quels (les noms des médias et la façon dont les promoteurs définissent leurs lignes éditoriales). Si non dites-le.
  6. Pour les médias d’Etat précisez, si oui la façon dont on définit leur ligne éditoriale, selon ce qui est dit par les gouvernements successifs. Dites si la façon de traiter les informations a changé ces trente dernières années.
  7. Avez-vous souvent l’impression de ne rien comprendre dans le travail des médias privés ? Pourquoi ?
  8. Avez-vous une fois été déçu par le travail de toute la presse guinéenne ? Si oui expliquez en quelques mots.
  9. Trouvez-vous des proximités entre certains  ou tous les médias et certains hommes politiques ?
  10. Sont-ils tous ou presque manipulés par les hommes d’affaires ?
  11. Etes-vous informez comme vous voulez ?
  12. En période électorale (regard sur les précédents scrutins depuis 2010), avez-vous eu le sentiment que les médias ont aidé le peuple dans son choix ?
  13. Pensez-vous qu’ils amènent vraiment les leaders à communiquer sur leurs projets de société ?
  14. Les radios communautaires jouent-elles leur rôle ? Ne se détournent-elles pas de leurs missions ? Connaissez-vous leurs missions ?
  15. Aimeriez-vous qu’ils adaptent leurs productions aux lignes éditoriales connues par vos structures ?

QUESTIONNAIRE POUR LES JOURNALISTES

(Comprendre la façon dont les journalistes des deux télévisions procèdent à la collecte et au traitement des informations)

  1. Connaissez-vous la ligne éditoriale de l’organe pour lequel vous travaillez actuellement ? Connaissez-vous au moins celle de la précédente entreprise pour laquelle vous avez travaillé ?
  2. En avez-vous parlé avec votre employeur au moment de l’entretien ? En saviez-vous avant de postuler.
  3. Travaillez-vous conformément à celle-ci ? Etes-vous souvent rappeler à l’ordre par votre employeur ? Pourquoi ? Comment réagissez-vous ?
  4. Comment trouvez-vous le fait de travailler sans connaître la politique éditoriale de votre organe ? (si vous n’en connaissez pas bien sûr).
  5. Avez-vous une fois été amené à traiter une information contre votre gré ?
  6. Votre directeur, rédacteur en chef, chef des programmes a-t-il une fois changé le contenu de votre production à votre insu pour des raisons autres que celles liées aux techniques rédactionnelles ? Avec votre accord ?
  7. Comment trouvez-vous l’octroi des enveloppes (argent) aux reporters que vous êtes une fois sur le terrain ? Prenez-vous quand même ? Pourquoi ?
  8. Les organisateurs des conférences et ateliers, vous suggèrent/imposent-ils des angles de traitement ?
  9. 9-Faites-vous des publireportages ? Volontairement ? A la demande de votre patron ? Quelle appréciation faites-vous de la diffusion des publireportages dans les journaux télévisés ?
  10. Avez-vous couvert les campagnes d’au moins de la dernière élection démocratique que la Guinée a organisée ?
  11. Les partis politiques vous ont-ils suggérés/ imposés des angles de traitement ?
  12. Comment sont alignés les éléments dans vos éditions d’informations ? (l’ordre retenu)

Votre souhait personnel en peu de mots pour la qualification de votre prestation :

                              QUESTIONNAIRE POUR LES CADRES ÉDITORIAUX

      (Relever les politiques éditoriales des deux télévisions)

  1. Quelle est votre ligne éditoriale ?
  2. Travaillez-vous en fonction de celle-ci ? Sinon pourquoi ? Dans quelle mesure vous êtes contraint de changer ? Un exemple au moins.
  3. Vos journalistes sont-ils informés de vos décisions ?
  4. Les rappelez-vous souvent s’ils s’en détournent ? Comment réagissent-ils ? Un exemple au moins.
  5. Comment expliquez-vous le temps que vous accordez aux annonceurs dans vos programmes d’informations ? (si naturellement c’est le cas très souvent).
  6. Les partis politiques vous influencent-ils ? Si oui dans quelle mesure ?
  7. Comment avez-vous assuré la couverture médiatique des campagnes électorales de la dernière élection présidentielle en Guinée ? Avez-vous passé des marchés avec des partis ? Dans quelle mesure le travail fait n’était pas rétribué ?

QUESTIONNAIRE POUR LES CADRES DE LA HAUTE AUTORITÉ DE LA COMMUNICATION

(Obtenir les réponses  de l’organe de régulation sur le fonctionnement des médias audiovisuels guinéens)

  1. Combien de médias disposons-nous actuellement ? Combien sont-ils présents sur le terrain ?
  2. Que dites-vous du respect des cahiers de charge des différents médias du pays ?
  3. Comment percevez-vous les contenus éditoriaux des organes suivants : Espace TV, Gangan TV, Evasion TV, Renaissance FM, Lynx FM, Djigui FM ?
  4. Les médias s’écartent-t-il souvent de la déontologie du métier ?

Table des matières

1.      INTRODUCTION.. 8

2-       HISTORIQUE DES TÉLÉVISIONS EN AFRIQUE FRANCOPHONE ET EN GUINÉE. 10

3        NOTION DE CHOIX ÉDITORIAL. 12

4.1     Motivations pour le sujet 15

4.2     Objectif général 16

4.3     Objectifs spécifiques. 16

4.4     Résultats attendus. 16

4.6          MÉTHODOLOGIE. 16

4.7     Les difficultés rencontrées. 17

5       PRÉSENTATION DES DEUX ORGANES. 18

5.1     La Radio Télévision Guinéenne (RTG) 18

5.2     ESPACE TV. 19

6       ÉTUDE COMPARATIVE. 22

6.2     Les points de ressemblance. 24

6.2.1       Hiérarchisation des informations. 24

6.2.2       Les publireportages dans les grandes éditions d’informations. 26

6.3     Les points de dissemblance. 28

6.3.1       Choix des angles. 28

6.3.2       Radio Télévision Guinéenne-non diversification des angles. 29

6.3.3       Espace TV. 30

6.4     Ouverture aux partis politiques. 31

6.4.1       La RTG au service du parti au pouvoir 31

6.4.2       Espace TV ouverte à tous les partis politiques. 32

6.5     Couverture de la campagne électorale de la présidentielle de 2015. 33

6.5.1       La RTG.. 34

6.5.2       Espace TV. 35

6.6     Contraintes dans les choix éditoriaux. 37

6.6.1       RTG.. 37

6.6.2       Espace TV. 38

7       QUELQUES PROPOSITIONS DE SOLUTIONS POUR AMÉLIORER LA QUALITÉ DU TRAVAIL DES JOURNALISTES. 39

8       CONCLUSION.. 43

BIBLIOGRAPHIE. 45

Ouvrages. 45

Articles de presse. 45

Documents officiels. 45

ANNEXES. 46

QUESTIONNAIRES DE TERRAIN.. 46

 


[1] De son vrai nom Marc Martiani, écrivain français auteur de « Le Garçon « . Edition : Zulma

[2] Ouvrage du canadien Marshall McLuhan, théoricien des médias, paru en 1964

[3] L’un des plus anciens quartiers de la presqu’île de Kaloum, situé au bord de l’Océan Atlantique et ouvert sur les Iles de Loss.

[4] De 1902 à 1967, premier président du Gabon.

[5] Economiste et homme politique guinéen, président du Parti de l’Alliance des Démocrates de l’Espoir (PADES). Il est fondateur de la plus grande institution d’enseignement supérieur privée du pays (Université Koffi Annan).

[6] Enseignant chercheur à la faculté des sciences sociales au centre universitaire de Kindia (Guinée). Il est titulaire d’un doctorat en histoire à l’Université de Toulouse (France).

[7] Chef de la Junte militaire qui a pris le pouvoir le 23 décembre 2008 après la mort du Président Lansana Conté. Moussa Dadis Camara a été blessé par balle par son aide de camp, le lieutenant Aboubacar Toumba Diakité, le 03 décembre 2009.

[8] Le Groupe de médias Radio Espace, Espace Régions, Sweet FM et Espace TV appelé « HADAFO » tire son nom de Hadja Daloba Fofana; grand-mère paternelle du fondateur (Monsieur Lamine Guirassy).

[9] Premier ministre de la Guinée depuis le 26 décembre 2015.

[10] Journaliste présentateur du 13h sur France Inter.

[11] Directeur adjoint de l’information de TF1 depuis juillet 2012 et co-directeur de LCI entre février et juillet 2016.

[12] Ministre de la communication de la Guinée de 2014 à 2015, ancien membre du RPG arc-en ciel, parti au pouvoir et désormais proche de l’opposant Cellou Dalein Diallo.

[13] Journaliste, il a été directeur général de la RTG de 2011 à 2017. Il fut limogé en juillet 2017.

[14] Ministre de la communication dans le gouvernement d’union nationale de la transition dirigée par le Général Sékouba Konaté de 2009 à 2010. Il est actuellement président d’un parti politique appelé « Union des Forces du Changement ». Aboubacar Sylla est aussi porte-parole de l’opposition républicaine.

[15] Leader politique guinéen et président du parti « Union des Forces Républicaines » (UFR).

[16] Leader politique guinéen et président du Parti de l’Espoir pour le Développement National (PEDN).

[17] Leader politique guinéen et président du Parti « Bloc Libéral » (BL).

[18] -Ancien ministre de l’Energie et de l’Hydraulique (2011 – 2013), ministre de l’environnement dans le gouvernement de la junte militaire (2008 – 2009, proche du capitaine Moussa Dadis Camara. Papa Koly Kourouma est aussi leader politique guinéen et président du parti appelé Groupe pour la Réconciliation, l’Unité et la Prospérité (GRUP).

[19] Slogan attractif qui traverse tous les discours de la société civile, des leaders politiques, des administrateurs civils, des forces armées, etc. pour l’assainissement de la capitale guinéenne mais c’est un projet utopique aux horizons jamais atteints.

[20] Appellation habituelle de l’argent perçu des organisateurs d’événements par les journalistes reporteurs pour la collecte d’informations.

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