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Un français au cœur du scandale des mines en Guinée

François Polge de Combret, banquier français conseiller du président guinéen Alpha Condé, a joué un rôle central dans l’attribution de la concession du gisement de fer de Simandou, selon de nouveaux documents révélés par France 24.

France 24 est en mesure de faire de nouvelles révélations sur l’homme par qui le scandale est arrivé en Guinée. François Polge de Combret, un banquier français conseiller du président Alpha Condé, est dans l’œil du cyclone depuis la révélation de son rôle dans la dispute pour l’attribution de la concession de Simandou, l’un des plus grands gisements de minerai de fer au monde.

Simandou est l’objet de toutes les convoitises. Mais aussi de lourds soupçons de corruption à grande échelle. Depuis une dizaine d’années, les relations entre les compagnies minières avides de mettre la main sur cette poule aux œufs d’or et les pouvoirs successifs en Guinée ont donné lieu à de redoutables passes d’armes, dans la presse et devant les tribunaux. Après son élection en 2010, Alpha Condé a ainsi retiré les droits d’exploitation sur Simandou à la société BSGR, propriété de l’homme d’affaires franco-israélien Benny Steinmetz, l’accusant d’avoir obtenu ces droits grâce à la corruption. Celui-ci les avait obtenus en 2008 sous la dictature militaire, au détriment du géant minier anglo-australien Rio Tinto. Ce dernier a récupéré des droits auprès du nouveau régime en 2011. Mais ce contrat et ses acteurs sont désormais dans la ligne de mire des autorités de plusieurs pays occidentaux. À commencer par François de Combret.

>> À lire sur France 24 : « Exclusif : la ruée vers le minerai de fer de Simandou éclabousse la présidence guinéenne »

À la mi-novembre, à la suite des révélations du site d’information Mediapart, le géant minier anglo-australien Rio Tinto admet avoir payé une commission de 10,5 millions de dollars à François de Combret afin d’obtenir des droits sur Simandou en 2011. Dans la foulée, la multinationale licencie deux de ses principaux dirigeants et alerte les autorités américaines, britanniques et australiennes. Le président guinéen nie toute malversation et affirme n’avoir pas été au courant que François de Combret, son condisciple à Sciences-Po Paris devenu son conseiller, travaillait pour Rio Tinto.

Un mail qui laisse supposer une relation entre François de Combret et Rio Tinto

Quant au géant minier, il affirme avoir découvert en août dernier, lors d’une enquête interne, un échange de courriels entre trois de ses hauts cadres discutant le paiement de François de Combret pour les services rendus par celui-ci dans la négociation du contrat de Simandou. Le contrat avait été conclu en avril 2011, un mois avant cet échange de courriels. Rio Tinto n’a jamais dévoilé ni la nature ni la durée de ses liens avec François de Combret.

Selon des documents obtenus par France 24, un lien entre Rio Tinto et le banquier français aurait persisté au moins jusqu’en mars de cette année. Un email daté du 15 mars 2016, envoyé à François de Combret par un banquier suisse, évoque en effet une lettre de Rio Tinto. L’objet du mail parle de « lettre Rio Tinto » et la première phrase évoque « la réception ce matin de la lettre de Rio Tinto. »

Le courriel concerne la clôture de comptes détenus par une société contrôlée par François de Combret à la banque Piguet Galland à Lausanne et le transfert des fonds vers un compte nominatif. Le message de Marc Brussard, directeur adjoint de la banque Piguet Galland, à son client semble indiquer que pour mener à bien l’opération, une lettre de Rio Tinto était nécessaire. Ce qui laisse supposer qu’il existait une relation, contractuelle ou autre, entre François de Combret et le géant minier.

Une société de François de Combret basée dans un paradis fiscal

Plus intrigant, l’opération concerne une société basée aux îles Vierges britanniques, un paradis fiscal. Le banquier indique en effet à François de Combret la procédure à suivre pour clôturer deux comptes détenus par Sufatos limited. Une société dont il précise dans son courriel que François de Combret est le directeur et bénéficiaire économique. Il lui enjoint de faire une déclaration aux autorités américaines, l’un des comptes ayant détenu plus de 250 000 francs suisses, le seuil obligatoire pour déclarer des sociétés aux autorités américaines. Or, cette déclaration, que France 24 s’est procurée, fait apparaître que Sufatos est enregistrée aux îles Vierges britanniques.

D’après les registres des îles Vierges britanniques que nous avons consultés, Sufatos a été créée en janvier 2011. Soit trois mois avant la conclusion du contrat de Rio Tinto sur Simandou, pour lequel le géant minier a versé à François de Combret les fameux 10,5 millions de dollars. Sufatos a été mise en liquidation le 15 juin 2016, soit exactement trois mois après l’échange de courriel entre Combret et son banquier évoquant la lettre de Rio Tinto.

Par ailleurs, la déclaration d’insolvabilité de Sufatos de juin 2016 mentionne, en gras, que les noms et les signatures des directeurs de la société sont omis. Une mesure inhabituelle, qui est d’ailleurs mentionnée une seconde fois par l’administrateur de la liquidation, qui affirme que la déclaration d’insolvabilité est complète, « à l’exception des noms et signatures des directeurs. »

Quant à l’adresse postale référencée à la fois sur les registres des îles Vierges britanniques et sur la déclaration aux autorités américaines, elle se trouve à Londres, où François de Combret est résident fiscal.

Ces opérations dans des paradis fiscaux posent de nombreuses questions. Notamment celle de savoir pourquoi François de Combret décide de vider les comptes de sa société aux îles Vierges britanniques, puis de la liquider. Il se trouve que deux jours après le courriel de son banquier évoquant la lettre de Rio Tinto, soit le 17 mars 2016, Rio Tinto annonce le départ de son patron Sam Walsh. Or, il se trouve que celui-ci est l’un des trois dirigeants qui évoquent les 10,5 millions de dollars de commission de François de Combret dans l’échange de mails révélé récemment.

« Aucun commentaire » de Rio Tinto, « tout est entre les mains des autorités de régulation »

La lettre de Rio Tinto au banquier français aurait donc été envoyée juste avant cette annonce. Pour tenter d’effacer les traces de la relation entre Rio Tinto et François de Combret ? Qui aurait ensuite voulu faire le ménage en fermant sa société aux îles Vierges ? Impossible de savoir car les principaux concernés ont décidé de garder le silence.

François de Combret, qui vit en Suisse, a refusé de répondre aux sollicitations de France 24, expliquant que les procédures en cours l’empêchaient de s’exprimer.

David Outhwaite, porte-parole de Rio Tinto, nous a déclaré que la société n’a « absolument aucun commentaire à faire, tout est entre les mains des autorités de régulation » américaines, australiennes et britanniques.

Début décembre, France 24 avait publié des extraits d’enregistrement datant de 2012 qui suggèrent que François de Combret intervenait auprès des compagnies minières impliqués à Simandou en tant qu’émissaire du président guinéen Alpha Condé. Des allégations niées par les autorités guinéennes et qualifiées de « risibles » par le président Condé lors de son passage à Paris courant décembre, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Sufatos a été créée le 4 janvier 2011, soit deux semaines après l’entré en fonction d’Alpha Condé à Conakry le 21 décembre 2010. Aucun élément en notre possession à ce jour ne lie la présidence ou les autorités guinéennes aux circuits financiers de François de Combret.

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